C’est à la National Gallery de Londres, devant le tableau du Titien Diane et Actéon que se sont donné rendez-vous la célébrissime modèle Kate Moss et le non moins célèbre peintre, Lucian Freud, petit-fils de celui dont on ne prononce même plus le prénom.
Les propos échangés là sont étourdissants et fondent une relation singulière entre cette jeune femme hyper active dans le monde de la mode, vivant dans le tourbillon de la futilité et de l’argent, photographiée à longueur de journée, et un peintre âgé, au talent reconnu, membre de L’École de Londres, à la personnalité très affirmée.
Le film réalisé par un australien et coproduit par Kate Moss elle-même avec l’assentiment des gestionnaires de l’œuvre du peintre n’est pas un biopic au sens classique du terme, mais une sorte de reconstitution d’un moment, neuf mois, durant lesquels la mannequin s’est faite modèle.
Ce qui passionne dans ce film tout en fines touches, c’est la façon dont la futilité et la fragilité nourrissent une œuvre puissante et qui montre de la réalité l’inverse même de la photographie en ceci qu’elle témoigne du regard du peintre. Et la modèle, si souvent photographiée, ne sait que dire de ce qu’elle découvre après tant d’heures et de mois de pose dans cet atelier si inhospitalier.
Comment aurait-elle pu penser que ce tableau serait vendu 3,5 millions de £ ?
Le récit semble très tenu à la longe par l’entourage, édulcorant sans doute tout ce qui pourrait nuire aux réputations des protagonistes. Mais cela n’enlève rien à l’intérêt de cette médiation sur le regard, la restitution d’une vision qui ne se limite pas à la reproduction. Et qui est filmée avec un sens aigu de la beauté des images.