Quel voyage ! Si vous l’entreprenez, la salle IMAX s’impose tant le son et l’image sont exceptionnels, une immersion sonore et une vision inégalées.
Hélas, la bande son est un supplice de bruits et de prétendues musiques qui mélangent dans une espèce de mezzé acoustique tout ce qui épuise car c’est plaqué lourdement sur toutes les séquences sans laisser jamais un moment de répits à nos tympans.
Quant à l’image, immense déception due à la façon dont elle est éclairée, tant dans les séquences d’extérieur nuits que d’intérieur. Les images sont badigeonnées au brou de noix. Des photophores clairsemés sont supposés créer une ambiance « d’époque ». Ils n’éclairent ni les décors ni, et c’est plus grave, les visages dont les expressions restent indéchiffrables. Il faut dire que ces pauvres acteurs sont totalement dépourvus d’émotion. Ils grimacent quand c’est tragique et disent des textes médiocres sans y croire le moins du monde. Une collection d’aphorismes sentencieux et abscons scandent ces séquences auxquelles nul ne comprend rien car il n’y est question que de noms, de lieux et de dieux généralement ignorés du public.
Ménélas, Antinoüs, Circé, Ithaque, Caribe, Sylla, les Sirènes, … Et l’on croise une Pénélope cloitrée, un Cyclope de carnaval, des soldats qui semblent habillés pour le prochain Star Wars, d’autres que l’on transforme en cochons … La liste est longue de ces épisodes non contextualisés et comme aucun des personnages n’est véritablement construit, l’on assiste, entre des batailles où l’on s’égorge joyeusement, à des échanges de répliques totalement dépourvues de la moindre intériorité.
Pourtant, très schématiquement l’histoire est connue. Elle se déroule durant 3 longues heures en ayant recours à des flash-back nombreux, parfois très courts et difficiles à réintégrer dans une chronologie qui s’étend sur 20 années ! C’est le posticheur d’Ulysse qui mérite toute notre admiration car le nombre de barbes différentes qui sont utilisées est impressionnant, dans le but de jalonner le temps qui s’écoule.
Comme le veut ce genre guerrier et épique, les scènes de dialogue et de bataille s’alternent.
J’en ai compté une bonne quinzaine de chacun de ces deux genres, avec des extérieurs de catalogue pour Guide du Routard et des intérieurs que l’on ne voit que mal, en particulier lors de la trop longue scène de la prise de Troie en ouverture du film. Laquelle nous est resservie une seconde fois vers la fin. Détruire Troie c’est détruire le monde entier entend-t-on. Pour introduire sans doute la question du remord et de la transgression des lois.
Ce qui me gène profondément dans ce film c’est le propos sous-jacent qui fait l’apologie de la force armée, de la suprématie du chef omnipuissant qui semble donner des ordres à des esclaves, des galériens, destinés au sacrifice. Et faire croire que l’homme providentiel peut s’interposer pour empêcher des anéantissements. Le combat d’un contre tous à la fin est tout simplement ridicule.
Un film dinosauresque qui semble ployer sous le poids des ambitions techniques qui ont laissé trop à l’écart le souffle épique qui manque cruellement et qui crée la nostalgie d’un cinéma bien scénarisé. Créé en 1688 ce terme est composé de deux mots grecs, nóstos pour le voyage de retour et álgos pour la douleur. L’Odyssée est bien un voyage douloureux et pas seulement pour Ulysse.