Non aux milanais, ou L’Entêté pourrait être le titre de cette réjouissante comédie.
Le petit village de Teulada est situé au Sud de la Sardaigne, là où nous accueillent des plages splendides baignées d’une eau bleue cristalline qui font rêver. A la veille du changement de siècle, un riche promoteur milanais caresse le rêve d’y faire construire un lieu de vacances de luxe. C’est sans compter sur l’entêtement d’un berger local, de son vrai nom Ovidio Marras, interprété de façon magistrale par un authentique berger sarde dont c’est le premier rôle !
Son refus durera plus de 20 années qui nous sont évoquées sur un ton humoristique, parfois émouvant, certes avec de nombreuses outrances mais qui conviennent admirablement pour ne pas tomber dans un conflit manichéen entre un promoteur sans scrupule et un défenseur obstiné de la nature et de la tradition, une sorte d’écologiste sans autre doctrine que son attachement viscéral à ses racines.
Plusieurs lignes narratives s’entremêlent et évitent les longueurs. L’entreprisse milanaise caricaturée et personnalisée de façon amusante et la vie de famille de ce berger, marié et père de deux enfants. L’un travaille en Angleterre et verrait d’un bon œil que la propriété des parents fasse la fortune de la famille. Sa sœur, restée au village, défendra un autre point de vue. Les habitants rêvent de la manne céleste qui viendrait les combler de travail et d’argent.
Tous, et non des moindres, viennent plaider dans des assauts oratoires italianissimes une cause qu’ils ne veulent pas croire perdue.
C’est un procès gagné par cet empêcheur de bâtir en rond qui réconciliera tous les habitants qui finissent par comprendre que l’argent ne fait pas le bonheur. Même s’il y contribue largement.
Un mot pour souligner le talent de Moses Concas, musicien sarde, joueur d’harmonica sublime qui enchante la bande musicale du film par son ironie et son dynamisme bien en phase avec l’esprit de cette histoire vraie et présentée de façon si bien distanciée.
Le générique de fin, qui est un morceau de roi, permet de l’admirer.
Le réalisateur en est à son 13e film, outre quelques séries télé. C’est le premier que je découvre et si son travail ne le destine pas au Panthéon des cinéphiles, je recommande de découvrir ce film-ci qui est le salutaire contraire de tant de films de comédie française qui font honte. Ici il nous montre avec bonne humeur que parfois ainsi va la vie.