Nous avions apprécié déjà, de façon contrastée, deux précédents films de cet auteur singulier : Brooklyn Village (355) et Passages (1227), un univers marqué par l’homosexualité et un intellectualisme new yorkais qui caractérisent aussi cette œuvre-ci, de façon radicale.
Nous allons durant tout le film écouter un quasi soliloque, celui d’un photographe en vogue qui est interrogé sur le déroulement de sa journée de la veille par une sympathique journaliste très peu inquisitrice qui recueille ce type de récit pour des motifs qui resteront mal définis.
Celui de ce photographe a été publié et c’est une adaptation de ce livre qui nous est proposée.
Nous sommes en 1974 et un travail singulier est fait sur la pellicule pour rendre l’image conforme à celles tournées en 16m/m à l’époque, surtout lorsqu’aucun éclairage additionnel n’était utilisé. Petit rappel technique, la pellicule plus sensible de 500 ASA n’a été commercialisée qu’à la fin des années 1980. Nous allons donc subir une image très mal définie, sombre et sans nuance.
Les cadres, généralement statiques, sont larges, comme pour rendre ordinaire le point de vue proposé durant de très longs plans.
Et il n’y a pas que les points de vue qui sont ordinaires, les propos tenus sont d’une vacuité abyssale.
Sauf si vous connaissez le nom et le travail des personnes évoquées dans un « name dropping » (nous sommes à New York) d’agenda mondain artistique de l’époque.
Peter Hujar est le photographe qui parle, mais dont on ne voit jamais le travail. Mort du sida il était, e.a. l’ami d’Andy Warhol, et ce récit fait penser à ces formes novatrices de recherches esthétiques dont le film Sleep (de 1964) est sans doute resté le parangon de l’underground.
La femme qui interroge est l’autrice Linda Rosenkrantz qui, parmi ses nombreuses recherches formelles en littérature, sur les prénoms e.a., s’est ingéniée à recueillir le récit d’une journée vécue par des amis artistes. Elle en invitait certains, un à la fois, en leur servant le même repas et en enregistrant la soirée… Les retranscriptions de ces soliloques ont même eu du succès auprès des lecteurs appréciant « la fiction non fiction ».
Ce petit monde intello vivait à Upper East Side, quartier très chic et élégant de Manhattan.
Jacqueline Demornex du journal Elle est évoquée, comme la mannequin-actrice Lauren Hutton, que nous ne verrons pas non plus. Susan Sontag est nommée, une immense personnalité de la littérature autour de l’art photographique. Sans que l’on ne nous en dise rien… On évoque aussi dans le film Allen Ginsberg, une personnalité majeure, et son amant Peter Orlovsky, sans en dire un seul mot.
Ce récit minutieux, heure par heure, d’une journée ordinaire laisse pantois tant de choses et de personnalités intéressantes sont évoquées sans que l’on ne puisse en partager le plaisir.
Si vous n’êtes pas un connaisseur initié à cet univers, la journée de Peter Hujar sera longue.