Rarement un film d’amour m’aura semblé aussi ardent. Voilà deux êtres, que rien ne devait rapprocher, qui tombent follement amoureux, qui affrontent pour vivre leur belle passion, toutes les méchancetés qu’une société « normale » peut mettre comme entraves au bonheur. Certes, nous sommes aux États-Unis conservateurs des années 50. Et deux femmes qui s’aiment, c’est aussi scandaleux qu’imaginer à l’époque un Président noir, ou - qui sait ?
\- une Présidente ! Le réalisateur, Todd Haynes, avait déjà ébloui avec I’m not there dans lequel Cate Blanchett e.a. interprétait une partie de la vie de Bob Dylan.
Ce film-ci est plus classique et permet de voir en couleur une Amérique somptueuse, où les voitures gigantesques sont occupées par des femmes superbes, habillées de fourrures, chapeautées de façon sublime. Bref, le rêve américain dans toute son apparence hypocrite.
Deux femmes sont attirées l’une par l’autre, fascinées autant par leurs disparités que par leurs charmes propres. Et elles osent.
De très nombreux plans de voitures, des visages enfermés par les vitres, entrevus à travers les pare-brises embués donnent une idée de ce que devait être pour deux femmes, les contraintes imposées par une société machiste totalement révulsée par l’idée même que deux femmes puissent s’aimer d’amour et éprouver l’une pour l’autre une immense et vibrante sensualité. Tout cela est suggéré subtilement, évoqué avec une élégance parfaite, une intensité quasi musicale qui font ressentir cette passion comme rarement. Bref, l’inverse de La vie d’Adèle avec sa vulgarité appuyée et voyeuriste.
Le scénario est écrit, structuré avec une très subtile finesse qui fait tout comprendre, sans jamais l’appuyer : le mari, les beaux-parents, l’amie de toujours avec qui, peut-être, autrefois... le détective privé, les camarades de la jeune femme qui se rêve photographe, tout cela est vu, souvent en longues focales, sans intrusions brutales. Mais toujours les moments, les expressions, les regards sont justes, signifiants, superbement captés dans des lumières dont l’élégance est en parfaite harmonie avec les décors, les costumes, les lieux. Et le regard de Carol est de ceux qui font succomber. Définitivement.