L’inconnue serait, en première analyse, la raison pour laquelle un tel film est écrit, produit et réalisé. Mais l’histoire gagne elle, à être connue, même si c’est une terrible prise de tête.
Le frère du réalisateur, Lucas, a écrit une bande dessinée (*un roman graphique pour parler chic) qui a inspiré cette histoire dite de « body-swap » ce qui en français, peut se traduire par « échange de corps ». Le titre en est Le Cas David Zimmerman patronyme, comme chacun sait, de Bob Dylan. Quelques allusions à la judéité seront soupoudrées ici et là sans que l’on ne comprenne pourquoi. Et l’on se souvient du film I’m Not There dans lequel le chanteur était interprété par nombre d’acteurs et actrices différents.
Le réalisateur est le mari de Justine Triet avec laquelle il a écrit le scénario d’*Anatomie d’une chute (1255) et de Sibyl (662) qui se caractérisent par des récits très alambiqués. Lui a réalisé déjà un film passionnant Onoda (845) que j’ai commenté en relevant plusieurs caractéristiques qui se retrouvent, hélas décuplées, dans ce film-ci.
Le personnage principal est un photographe qui recherche des lieux urbains immortalisés autrefois sur des cartes postales. Intéressante métaphore de cette double vision qui sera celle portée par et sur les personnes ayant une double identité, la leur et celle acquise par une sorte de magie qu’une pillule et une copulation de mante religieuse essayent de nous rendre crédible. Ces deux vecteurs de l’échange de corps seront vécus lors d’une soirée de carnaval, tenant des Blanc-Moussî et des peintures de James Ensor avec une connotation vaguement politique mais sans que cette voie ne se recroise dans les innombrables méandres d’un scénario trop abscons.
Le catalogue des pathologies qui décrivent cet état de dédoublement de la personne, l’une habitant le corps de l’autre, renvoie à la schizophrénie, à la dissociation psychologique, à la dysphorie et je ne sais trop quoi encore.
Habiter le corps de quelqu’un d’autre est le propre du fœtus et l’on ne nous épargnera pas une grossesse et l’incertitude de l’interrompre ou non. Le cas des enfants jumeaux est suavement évoqué par un baiser virtuose.
Une autre curiosité est l’usage du toponyme Ingrandes pour nommer un petit lieu en bord de Loire. Ce mot est homonyme de nombreux autres lieux en divers endroits de France. Illustration subtile de ce jeu qui consiste à désigner une chose, une personne, qui pourrait être quelqu’un d’autre.
Pour tromper l’ennui que certains éprouveront, je recommande de suivre avec une particulière attention les cadres, les mouvements de caméra. Il y a là un rare talent dans l’originalité des images qui ajoute au film ce petit je ne sais quoi d’élitaire pour connaisseurs endurants qui prendront le risque d’une histoire inconnue.