Voilà un titre qui nécessite une contextualisation. C'est un nom formé à partir du participe présent du verbe latin gradi (marcher). Le dieu Mars avait comme surnom Gradivus. Ce nom au féminin dans l’antiquité désigne une figure mythique, une femme qui marche. Le titre est aussi celui d’une nouvelle de Wilhelm Jensen qui a été très inspirante pour nombre d’intellectuels.
Dans le récit, l’archéologue rêve qu’il assiste à l’éruption du Vésuve en 79 et qu’il ne peut sauver cette femme.
Cette personnalité symbolique convient bien pour évoquer ce voyage depuis Montrouge dans la banlieue parisienne dont sont issus ces étudiants en terminale et le séjour qu’ils feront à Torre del Greco, partie de Naples, au pied du Vésuve.
L’éruption « plinienne » de ce volcan fait l’objet de ce voyage d’étude mais aussi, nous le comprenons rapidement, est la symbolique de cet âge où tout explose : les personnalités, les conflits, la sexualité et la recherche de partenaires.
Les portraits de ces jeunes gens sont superbes, les plans serrés sont intenses, les couleurs belles, la lumière magnifiquement captée et le film s’efforce d’être digne des fresques pompéennes admirées et inspirantes. La réalisatrice de ce premier long métrage est directrice de la photo ; ça aide.
Rarement « l’année du bac » et les états d’âmes de ces garçons et de ces filles auront été si subtilement observés, décrits, suggérés, ressentis dans un film choral dont la maîtrise est ici, exemplaire.
La professeure qui assume la responsabilité de ce voyage est parfaite dans cette ambiance de séduction, de concurrence entre ces personnalités naissantes, l’incertitude de l’avenir de ces étudiants, la difficulté d’obtenir le respect des règles du vivre ensemble dans cette ville de vacances sur laquelle plane le souvenir tragique qui en a fait la célébrité et qui inspire les méditations dont nous devinons les richesses.
Ces réflexions contrastent avec la langue de ces jeunes dont nous entendrons une belle mise à niveau : en mode – pécho – frérot – c’est chaud – flippé – j’ai grave – kiffer – tu veux pas me lâcher – trop stylé - et j’en passe…
Tout cela crée une richesse humaine qui nous emporte et en ces temps de dénigrement des enseignants, il est bon de voir que certain(e)s consacrent leur vie à l’émergence de la vie des autres.