C’est en janvier 1942 que s’est tenue à Wannsee la conférence visant à organiser « la solution finale » Die Wannseekonferenz (978). Ce film-ci se déroule une année plus tard lorsque le passage par les Pyrénées vers l’Espagne semble être la seule issue pour celles et ceux qui peuvent y accéder au péril de leur vie. C’est en quelque sorte l’inversion du sens du chemin de la liberté (*Cami de la Llibertat), la Guerre d’Espagne ayant fait fuir les républicains par ce col de la Pale de la Calouère vers la France accueillante alors.
Soudain l’exigence d’un visa en 1943 va compliquer les choses pour 80.000 réfugiés, juifs pour la plupart, qui transitèrent par le tout petit village espagnole frontalier de Sort, face à Luchon situé à 2.000 mètres d’altitude environ dans un paysage majestueux mais aussi menaçant, celui de l'arrondissement de Saint-Gaudens du département de la Haute-Garonne, en région Occitanie.
La double peur de ces villageois qui s’expriment en catalan est admirablement décrite, celle des Allemands impitoyables, celle de voir rejaillir les clivages entre franquistes et républicains. Le douanier prendra des risques, le maire essaye de plaire aux Allemands, la patronne du bistrot et son amant français joueront un rôle central dans cette résistance un peu oubliée et que le film nous présente, de façon classique, mais très à propos.
Une habileté technique est utilisée avec talent, celle du fréquent changement de point durant les plans, ce qui nous permet d’avoir le regard attiré tantôt vers l’un, tantôt vers l’autre des protagonistes, matérialisant visuellement cette distance, les hésitations et cette méfiance qui pèsent sur cette toute petite communauté.
La réalisatrice catalane dans son premier long métrage, nous donne une salutaire leçon d’histoire comme l’est Green Border (1382) sur une actualité qui, hélas n’a pas changé et se perpétue à tant de frontières.