Lâches. Tel est la vraie traduction de ce titre très réducteur pour une histoire riche, celle du destin de jeunes hommes enrôlés dans la grande boucherie de la guerre 14/18. Comme rappelé en début de film, ils furent 65 millions.
Le talent singulier de ce réalisateur s’était révélé déjà dans ses deux précédents films, Girl (549) et Close (1059) et il nous embarque cette fois dans un récit historique avec toute la complexité qu’imposent les costumes, les décors et les actions très spectaculaires mises en images de façon magnifique, si l’on peut le dire de certaines scènes qui ne sont pas à proprement parler « de guerre » mais d’après combat, lorsque ce bataillon collecte sur les champs de bataille les corps mutilés des soldats qui y ont perdu la vie. Et ceux qui respirent encore baignent dans leur sang.
Ce même groupe exerce une fonction de « service welfare » ce qui nous vaudra d’extravagants spectacles, dans une salle d’hôpital notamment, d’un comique troupier très orientés vers l’image caricaturale de la femme. Le décalage dans le temps rend à la fois tolérables et instructifs les outrances et les clichés qui, aujourd’hui, seraient totalement insupportables dans un récit contemporain.
L’intérêt du film n’est pas le spectacle de Frou Frou ou de Plaisir d’amour, moins encore de scènes de combats qui nous sont épargnées, mais la relation qui se noue entre deux soldats, jeunes, beaux et qui veulent échapper à cette horreur à hauteur d’homme et à l’ambiance mortifère scandée par les aboiements des sergents dans une ambiance qui se veut fraternelle.
Les reproches ne vont pas manquer envers ces hommes qui vont danser pendant que d’autres meurent, ces « dégénérés » qui cherchent un endroit, une intimité, leur permettant de faire aboutir leur attirance physique, de vivre leurs émois, au risque même d’un bannissement, voire même d’une condamnation car l’époque n’est pas faite pour admettre l’homosexualité.
Une scène frappante est celle de l’automutilation qui souvent entrainait une condamnation à mort. 12% des soldats français « fusillés pour l’exemple » l’ont été pour des mutilations volontaires. Ici ce ne sera pas le cas, mais une sorte d’évocation du martyr de Saint-Sébastien bien dans l’esprit des corps de beaux jeunes hommes pénétrés avec violence.
Ce film n’est pas exempt de certaines longueurs, de répétitions peut-être superflues, mais l’essentiel reste très impressionnant qui nous fait partager un désarroi intime dans un monde qui bascule vers l’effroyable. Thème tellement contemporain et que le décalage historique n’édulcore aucunement, au contraire, il l’aborde sans lâcheté.
La fin du film est d’une toute autre tonalité et laisse ouverte l’hypothèse que l’on peut se remettre des pires épreuves.