Ne pas faire de procès à ce remarquable film qui expose la métamorphose d’un des auteurs des plus singuliers de la littérature internationale. Il a même généré par dérivation onomastique, un adjectif utilisé chaque fois que l’on est submergé par la complexité d’une démarche administrative, par les méandres d’un raisonnement. Ne vous attendez pas à un film biopic linéaire, didactique de la part de cette réalisatrice singulière admirée déjà pour Green Border (1382).
Le spectateur sera comblé par la beauté formelle des images, des décors, de la photographie et des reconstitutions historiques. C’est d’une rare qualité qui nous met en état de survie pour ce qui est du récit extrêmement sophistiqué par la non linéarité du montage et l’insistante invitation à se creuser les méninges. Les connaisseurs de l’œuvre de cet auteur comme celles et ceux qui voudront le découvrir, ne seront pas frustrés. Mais secoués, interpelés, et s’ils soutiennent le chaos de la narration, ils ressentirons quelque chose de semblable aux émotions que donnent la lecture des textes de cet auteur.
Bien entendu comme c’est un biopic, de très nombreux éléments de la vie de Franz Kafka sont évoqués, et de façon parfois très directe, choquante. Mais aussi la réalisatrice n’a pas hésité à nous proposer des séquences qui évoquent ce que cet auteur a inspiré aujourd’hui, et en particulier pour le présenter aux touristes.
Et paradoxe de la démarche de ce scénario : vouloir si non élucider, au moins éclairer l’âme d’un homme que son œuvre semble avoir rendue impénétrable, et en faire un film qui se moque un peu de ce qu’est devenu cette icône de la pensée irréductible à la raison.
L’acteur est absolument envoûtant et autour de lui, les personnages admirablement incarnés donnent de la courte vie privée de Franz, décédé à 40 ans, une image d’une grande complexité qui ne peut laisser indifférent. C’était un homme pour qui souffrir était la seule perspective. Ce film est une rencontre littéraire et cinématographique particulièrement fertile.