Ce titre est l’acronyme hébreux de nezek agavi ; נזק אגבי.
Nezek pour dommage ou dégât et agavi pour accessoire, secondaire, incident. L’équivalent du cynique « dégâts collatéraux ».
Cet acronyme est utilisé par l’armée israëlienne pour quantifier les potentielles victimes « justifiables » lors de certains bombardements, selon l’importance des cibles qui les motivent. Ce titre est évidemment à rapprocher, à une lettre près, de Gaza.
Réalisateur déjà de No Other Land (1583) Yuval Abraham joint sa voix et son courage à d’autres films qui témoignent sans complaisance de ce qui se passe en Cisjordanie, à Gaza, au Liban comme La Voix de Hind Rajab (1784) Les Citronniers, Palestine 36 (1889) Les Filles d’Olfa (1226) Put Your Soul on Your Hand and Walk (1787) et tant d’autres qui illustrent avec courage et talent que la guerre n’est jamais une solution.
Nous allons entendre 24 interviews « anonymisées » de soldats israëliens qui, à divers titres, ont combattu pour exercer le droit d’Israël à se défendre. Tel est l’incontestable droit de ce pays isolé, droit qui doit être reconnu aux habitants de Cisjordanie, du Sud Liban ou de la bande de Gaza.
Mais tout est dans la manière et depuis le 7 octobre 2023 les limites ont été bouleversées de toutes parts. Les témoins expriment leur désaccord moral avec ce qu’ils ont dû faire. Et s’il ne l’avait pas fait, d’autres s’en seraient chargé. Le programme Lavender met l’IA au service des forces de défense.
Les cibles à bombarder sont identifiées et localisées par les téléphones. Le film commence d’ailleurs par le rappel de l’importance des communications dans cette région désertique où l’image émouvante de la pose de la première pierre de ce qui deviendra Tel Aviv nous est montrée, comme d’autres archives, contraste immense avec
les vues nocturnes de cette ville aujourd’hui fourmillante.
Certains témoins n’hésitent pas à qualifier leurs actions de génocidaires et confient que 20 naza par bombardement (tués en plus de la cible visée) est considéré comme une moyenne acceptable pour les responsables politiques qui qualifient Gaza de « fabrique de cibles ».
Par les dernières images du film, les cinéastes expriment clairement le point de vue qu’ils défendent, celui auquel tout le monde ne peut qu’adhérer : la guerre est toujours un échec terrible. Et ce film qui n’a rien d’un récit traditionnel ni d’un spectacle va soulever des passions comme déjà celles exprimées par certains à l’encontre des réalisateurs qui sont devenus les cibles d’outrances et de menaces qui déshonorent ceux qui les profèrent.
Il faut se faire sa propre opinion sur ce film ardu et émouvant. Et se souvenir qu’à une autre époque L’Havlaga devait inspirer la modération dans les représailles.
Et essayer de surmonter le simplisme des réactions clivantes qui ne peuvent qu’alimenter ce conflit qui est un deuil pour l’humanité toute entière.
Ce film important va alimenter le débat qui, sans cesse, dresse les uns contre les autres, au lieu de les rapprocher. A voir avec sérénité.