Horace et Curiace en version Kurde se dit dans ce film, Hazerans et Bezaris.
Cinquième film de ce réalisateur turc, il nous emmène dans un superbe coin du Kurdistan caractérisé par la proximité de deux villages, l’un en plaine (entièrement « déplacé » par ordinateur !), l’autre à flanc de montagne.
La beauté des décors coupe le souffle et l’on comprend rapidement le conflit entre les gens d’en bas, et ceux d’en haut qui entretiennent une rancune séculaire pour des questions de propriété de territoire.
Petit à petit la tension monte et s’exaspèrent les comportements revanchards attisés par des prêches, des exhortations, des rapports d’autorité dont il ne nous échappe pas que c’est une habile charge contre les dérives du pouvoir turc actuel, mais ici c’est le soufisme qui en prend plein les cerveaux. On n’est jamais trop prudent.
Quelques séquences de rêves hallucinés, pas vraiment indispensables, ponctuent les cauchemars de ces chefs de guerre, accompagnés d’une musque percutante assez intéressante.
Deux éléments actifs vont interagir : les forces de police, mais aussi des « terroristes » qui s’avèreront plus un prétexte qu’une milice agissante.
Nous le comprendrons lorsqu’un massacre, façon Saint-Valentin industriel, va clore le conflit par la disparition des habitants d’en bas. Sauf d’une d’entre elles.
Alors nous pensons à ces deux femmes qui s'étaient cachées dans une citerne avec cinq enfants et avaient survécu pour raconter le suicide de Massada, ou à Marguerite Thurnaux qui a pu témoigner de l’horreur d’Oradour, ou encore à Maurice Percivalle ce jeune bûcheron qui a assisté caché dans la forêt, au massacre de Signes le 18 juillet 1944 dont il a pu rendre compte.
C’est sans doute cette touche finale qui m’a le plus touché : il est vain d’espérer soustraire à l’histoire les pires moments que certains hommes déchainés imposent à leurs semblables en leur promettant la libération, ce qui est le mot exacte du titre turc : Kurtuluş. La salvation désigne elle, principalement l'action d'assurer le salut spirituel ou la délivrance de l'âme.
Nous en sommes loin parmi ces intoxiqués par la croyance et la rancune. Mais le film est salvateur qui interpelle nos consciences.