De cette réalisatrice nous avions déjà apprécié son premier film Blue Jean (1156) et celui-ci, le second, bénéficie de tous ses talents déjà évidents et qui, ici, prennent une ampleur de fresque magnifique. C’est le célébrissime roman de Jane Austen qui est, une nouvelle fois, la source de ce récit épique.
L’image est superbe, les intérieurs nuit à la chandelle, les campagnes anglaises mises en beauté, les costumes, les décors, les calèches, tout est un enchantement, certes dans la lignée du cinéma anglais historique, mais l’on ne s’en lasse jamais.
Si le premier film de Georgia Oakley était plus intimiste, cette fois elle se mesure à une œuvre emblématique de l’histoire littéraire, d’une richesse foisonnante qu’il faut réduire à 2 heures relativement compréhensibles, car nous sommes immergés dans un univers balzacien à la confluence de l’esprit rationnel des Lumières et du romantisme laissant libre cours aux émotions, la raison face aux sentiments, incarnés par deux des trois sœurs dont le père vient de mourir en laissant son héritage à un fils issu d’une première union et à sa troisième épouse, beau portrait de sale garce.
La mère des trois filles sera donc abaissée socialement et les deux ainées vont connaître les premiers émois de l’amour. Mais entre personnes qui s’adressent l’une à l’autre en n’utilisant même pas le prénom, mais solennellement, le patronyme.
Soyez patients, il y aura tout de même un baiser fougueux pour conclure le film !
Il y a deux niveaux de lecture de ce récit mainte fois utilisé au cinéma, à la télévision, en feuilletons radio et traduit à de nombreuses reprises.
Le premier est le portrait riches, plein de surprises, de cette société dans laquelle il fallait maintenir son rang, tout faire pour paraître, savoir danser pour approcher les corps dans des soirées mondaines sous haute surveillance.
Les jeunes danseurs s’en servaient pour communiquer physiquement leurs états d’âme.
Le second est évidemment les liens nombreux avec la condition féminine d’alors et d’aujourd’hui. Il était inconvenant de partager ses émotions, ses sentiments, il était inconcevable d’avouer une passion. Mais l’on en était l’otage, souvent réduit au silence par le savoir-vivre imposé qui était la norme.
Les comédiennes, les comédiens sont tous évidents et le film alterne dialogue, parfois très foisonnant, et vues extérieures, bien soutenues par la musique, qui nous laisse le temps de respirer un peu et de méditer la question centrale du film : notre bonheur peut-il dépendre d’une autre personne que de nous-même