Pas inoubliable, mais mémorable. Le film débute lorsque l’autrice du livre éponyme, Annie Ernaux, se rend à Rouen pour présenter l’ouvrage qui nous renvoie à l’été 1958, lorsqu’à l’âge de 17 ans et demi, jeune fille, elle quitta cette ville et sa mère assez revêche, pour faire une prestation d’encadrante en colonie de vacances pour jeunes enfants.
Une parfaite oie blanche qui plonge dans un univers à la fois très codé, celui des moniteurs et monitrices, et un peu claustro-phobique, celui d’une immense bâtisse en rase campagne qui accueille ces nombreux gosses et les jeunes qui les encadrent. Il n’y a pas grand-chose d’original dans ce qui va suivre : amourettes de vacances, découvertes de la sexualité, cruauté sans vergogne à cet âge où déjà les rapports de forces précédents les rapports sexuels.
C’est un film féministe, militant et qui en illustre bien la nécessité.
Malheureusement deux tonalités cohabitent assez maladroitement. Celle du récit factuel, amusant souvent, avec le charme des reconstitutions d’époque. Et les scènes destinées à nous faire ressentir la dimension psychologique, très souvent appuyée, de moments intériorisés qui soulignent à l’excès l’intention de la réalisatrice de nous faire partager le « vécu traumatique » de cette fille extrêmement sympathique. C’en devient presqu’un plaidoyer pour se construire en « sujet libre », indépendant et fort, Simone de Beauvoir à l’appui.
Et cette insistance génère un jeu d’acteurs assez sommaire qui interprètent des personnages sans réelle existence au-delà de la caricature, et de quelques clichés qui « actualisent » le film : une jeune homosexuelle, un homme racisé, …
Tout cela nous rappelle bien à propos qu’il ne faut pas confondre désir et amour.
Certain s’en souviennent qui ont eu affaire avec cette très forte et courageuse réalisatrice et actrice : Weinstein, Jacquot et Doillon. D’autres aussi, débusqués par #MeToo.
Le chemin vers cette lucidité est souligné par la démarche souvent sautillante et bruyante de cette jeune fille qui cherche sa voie de façon très illustrée, presqu’à l’excès. Et qui devrait marquer la mémoire des filles.