Quelle richesse ! Une superbe réussite dans un genre très convenu, inspiré d’un immense chef d’œuvre de la littérature française dont les personnages sont devenus des « antonomases » puisqu’on dit Gavroche, Fantine, Les Thénardier, Cosette, Javert*… comme l’on dit de quelqu’un que c’est un tartuffe ou un don juan.
Nous les retrouvons admirablement interprétés par une pléiade d’acteurs qui incarnent tous, de façon saisissante, leurs personnages au fil des années. Et les changements d’actrices pour Fantine et Éponine sont particulièrement heureux.
De même la figuration, très nombreuse, est dirigée particulièrement bien, animée et expressive.
C’est la direction artistique du film qui impressionne le plus. Les tonalités des costumes, des décors, la lumière superbe et l’image impressionnante tournée sur négatif 65 m/m donnent à cette reconstitution une force de conviction qui emporte le spectateur.
Ce qui soutient l’attention durant ces 3 heures, c’est aussi la dimension sociale tellement actuelle que la misère peut engendrer chez les humains qui en perdent toute humanité parfois : il vaut mieux, pour certains, faire honte que pitié, la misère c’est le diable diront ceux qui assimilent cet état à la délinquance qui inspire le rejet, le renvoi au loin puisqu’il n’y a même plus de bagne aujourd’hui.
Le film nous rappelle aussi la succession des régimes politiques français depuis 1815 et la défaite de Napoléon à Waterloo : il y en eu une dizaine, de la Monarchie constitutionnelle restaurée 2 fois, à l’Empire, en passant par les Républiques successives. Louis-Philippe a même droit d’être évoqué par sa statue couverte d’un drapeau tricolore.
Cette ambiance de troubles sociaux et la confrontation radicale de valeurs morales est d’une actualité émouvante. Inutile de rappeler l’attitude du prêtre volé, de Jean Valjean, de la jeunesse révolutionnaire, bref de toute une diversité que l’on retrouve aujourd’hui encore et dont ce film montre bien et l’enracinement social et les conséquences délétères qui créent des misérables.
Le réalisateur avait réussi déjà 7 films dont Le Jeu (555) et Adieu Monsieur Haffmann (914) et cette production-ci les surpasse avec brio.