C’est l’affaire de toutes et tous. Et elle est de la plus haute importance. Elle s’est déroulée fin 1971 dans un climat de tension, de haine sociale qui, aujourd’hui, semble incompréhensible.
Nous sommes dix ans avant l’abolition de la peine de mort en France, ce qui en dit long sur le conservatisme social et religieux qui dominait dans toutes les couches de la population française lorsque l’avortement était un délit.
Tout le monde savait l’existence des faiseuses d’anges, personne ne voulait assumer la dépénalisation de l’interruption volontaire de grossesse.
Il a fallu cette affaire et le talent de Gisèle Halimi pour qu’enfin naisse l’espoir pour les femmes, de disposer de leur corps. La lutte sera longue encore, jusqu’à la loi Veil du 17 janvier 1975.
L’admirable film, L’Évènement (924) avait abordé de façon frontale et médicale cette douloureuse question. Les réalisateurs de ce film-ci sont nés après les événements évoqués. Ils interprètent chacun un des rôles dans leur film. Ils ont choisi l’angle juridique et parfois philosophiques pour raconter l’histoire. Mais sans jamais s’éloigner d’une humanité bouleversante et d’une description remarquable des enjeux qui ont été soutenus par d’éminentes personnalités que nous allons croiser durant le film. Le rôle de la presse est aussi très bien évoqué et l’on a vu depuis, combien son engagement sur les grandes questions de société est souvent déterminant pour qu’évolue le « sentiment social » grâce aux journalistes d’investigation, notion qui va connaître un important développement durant ces années 70. Certains propriétaires de média ne se sont pas trompé depuis, qui ont mis le grapin sur les moyens d’information.
Vous irez d’indignations en stupéfactions si vous n’avez pas connu ce procès « historique » et il me semble indispensable de faire voir très largement ce film à un vaste public, jeune !
Raconter une histoire dont on connait l’issue n’est pas chose aisée si l’on veut maintenir une tension, une angoisse fébrile ! C’est ici une parfaite réussite grâce à la chronologie du procès qui se déroule petit à petit entre les séquences qui y ont amené, et aussi, pour beaucoup, grâce aux talents réunis. Ceux des réalisateurs dont nous avions tant apprécié Maria rêve (1046) dans une ambiance plus joyeuse qu’ici. Celui du compositeur qui nous fait entendre une musique à la hauteur des émotions suscitées par ce récit.
Mais ce sont surtout les deux comédiennes Charlotte Gainsbourg et Cécile de France qui sont bouleversantes. La déposition de Cécile de France en un plan est un sommet de son art. Outre la qualité de leurs interprétations, il y a le rôle historique qu’elles assument avec talent en laissant la vedette à cette toute jeune Marie-Claire, héroïne casi muette d’une affaire qui la dépasse mais nous bouleverse encore.