De ce réalisateur très singulier j’avais commenté déjà Harmonium (366) et ce film-ci est bien dans le même esprit : une lente investigation psychologique durant, cette fois, 9 journées dont nous partagerons les micro événements qui relieront quelques personnes vivant dans le village de Nagi situé à 500 kilomètre de Tokio dans les montagnes du nord de la préfecture d’Okayama, dans l’ouest du Japon. Ce village fait figure d’exception, avec un taux de fécondité de 2,95 enfants par femme en 2019, contre 1,41 en 2005. Un exploit qui vaut à ce petit bourg de 6 000 âmes d’être appelé village du miracle par la presse du pays et d’attirer l’attention de tout le Japon.
Une jeune femme revient là pour y retrouver celle qui fut sa belle-sœur. La voyageuse est architecte. Celle qui l’accueille, sculptrice sur bois mais aussi éleveuse de vaches laitières.
Deux jeunes garçons feront aussi l’objet d’une particulière attention. Il y a tout au long de ce cinéma minimaliste des regards, des échanges de propos contenus, une impavidité qui rend les visages insondables.
La tension vient des regards portés par les uns sur les autres et l’art (le dessin, la sculpture) accentue encore l’acuité de cette observation. Les abondants dialogues ne disent rien des tourments intérieurs. Mais nous y sommes sensibilisés par d’infimes indices, par des moments de pose, ou de vie sociale comme cette activité de fabrication de camera obscura qui est l’occasion de confronter le regard à une autre façon de voir. Renversante. Et peut-être de découvrir en soi une réalité qu’il n’est pas aisé de partager dans une société conservatrice.
Un film très dépaysant mais qui mérite de s’immerger dans ce village qui nous est révélé avec un tact et une délicatesse qui correspond bien à l’image que l’on se fait des Nippons.