Le titre peut se traduire par Le Jugement social, ce qui exprime bien les deux éléments sous-jacents de l’histoire, le regard social, éthique et l’enquête qu’une investigation journalistique va provoquer.
L’histoire vraie est celle d’une jeune employée de Facebook, Frances Haugen, qui, motivée par ses valeurs morales, va communiquer des informations pourtant confidentielles, à un journaliste, Jeff Horwitz du Wall Street Journal ce qui amènera Mark Zuckerberg devant une commission d’enquête au Sénat. Ce journaliste a été honoré du prix Pulitzer 2026 pour ses articles.
Ce qui frappe d’abord c’est la qualité des images, froides, sombres, en claire-obscures, avec des contre-jours et des zones d’ombres qui reflètent parfaitement l’ambiance psychologique dans laquelle toute cette histoire se développe.
Elle débute par un prologue magnifique. Une femme a maille à partir avec deux policiers. Ses propos sont envoyés en direct sur les réseaux sociaux et comme ils sont vus par son amie, l’employée de Facebook, celle-ci est interpellée. Comment, par qui a-t-elle été transformée au point de se comporter ainsi ? C’est parce que cette femme a été persuadée par les réseaux sociaux que son candidat, Bernie Sanders, lors de la DNC (*Democratique National Convention) avait été frauduleusement écarté.
Et la fin du film qui nous montre des images de l’assaut du Capitole le 6 janvier 2021, illustre magnifiquement comment l’on passe de la manipulation individuelle à la manipulation de masse. Ces images très évocatrices de la réalité ont été mises en scène.
L'effet pervers des réseaux sociaux se développe exponentiellement à partir de 2018 grâce à l’algorithme dont l’acronyme est sans cesse évoqué MSI (Meaningful Social Interactions). Son intention était de stimuler les échanges entre utilisateurs de ces réseaux, mais il a dérivé vers des connexions entre adeptes de propos haineux, consommateurs et propagateurs de fausses nouvelles, bref toutes des utilisations qui intoxiquent les lecteurs impénitents et avides de ce mode de communication qui met la démocratie en danger.
L’argument central de l’entreprise était que le développement économique de Facebook ne devait pas être entravé par des considérations morales.
La structure du récit est un peu compliquée qui entremêle deux chronologies et un lieu. Il y a les prémices, en 2019, de la collaboration des deux personnages principaux, et l’aboutissement devant les enquêteurs du Sénat, contemporain de l’assaut du Capitole. Et un lieu extraordinairement mis en valeur, la salle dans laquelle Mark Zuckerberg répète sa prestation devant les sénateurs. C’est dans cette salle, durant l’assaut, qu’il va couper l’accès de Trump à son réseau.
D’autres marqueurs dans le film sont bien utilisés, tel l’épidémie de la covid ou cette maladie céliaque dont souffre Frances Haugen et qui va permettre ailleurs, des rencontres avec Jeff Horwitz. Celui-ci, le vrai, a soutenu le film sans réserve.
Si le flux des dialogues très percutants pour la plupart est parfois un frein à la bonne compréhension de toutes les informations dont nous sommes abreuvés, l’essentiel passe parfaitement : ce n’est pas en devenant Meta que la responsabilité des réseaux sociaux, leur modération et les méfaits qu’ils provoquent, vont être mieux assumés. Faisons confiance au jugement social.