Soudain ! C’est la manière dont se caractérise l’étonnement, par exemple lorsque surgit « soudain » une pathologie.
Ce très grand film ne l’est pas seulement par la durée – 3h15 – il l’est par l’exceptionnel talent et le tact avec lequel il aborde les questions auxquelles nul n’échappera, celles de la dégénérescence, de la maladie et de la mort.
Nous connaissions les films Drive My Car (934) et Le Mal n’existe pas (1430) de ce réalisateur singulier.
Cette fois il suit au jour le jour la vie dans un EHPAD (Établissement d’Hébergement pour Personnes Âgées Dépendantes) parisien, une maison de repos et de soins, dirigée par Virginie Efira. Je m’y suis donc inscrit immédiatement… Elle assume ce rôle d’une façon particulièrement talentueuse.
Trois éléments vont donner à cette vie quotidienne, routinière, un éclat tout particulier.
La rencontre avec un jeune garçon affecté de troubles du comportement et son père, acteur japonais.
La rencontre avec la metteuse en scène japonaise de ce spectacle qui fait allusion à Franco Basaglia, important théoricien italien de la psychiatrie démocratique.
Et le choix des pratiques inspirées par une « Philosophie de soin de l’Humanitude » qui est connue dans le domaine de la gérontologie. Cette méthode qui n’est pas la norme, est étudiée encore, et en particulier au Japon, pays dans lequel le grand nombre de personnes âgées pose problème comme l’évoque le film Plan 75 (1215).
Le film nous initie en quelque sorte aux 4 principes sur lesquels repose cette approche de l’accompagnement des personnes âgées : le regard, la parole, le toucher, la verticalité.
Ce qui est aussi intéressant dans le film, ce sont les préoccupations administratives de cette institution qui emploie 120 personnes. Cet aspect « gestion du personnel » est subtilement mêlés au travail lui-même.
Et un paradoxe est évoqué d’un point de vue plus économique, en expliquant d’une part que pour être mieux financé il faut augmenter le nombre de patients très dépendants et d’autre part, que cette augmentation provoque une quantité de travail supplémentaire pour un personnel déjà surchargé, dont la vie au quotidien est subtilement illustrée. En particulier en expliquant les signes annonçant le burn out.
Une démonstration passionnante nous est faite des conséquences du capitalisme sur l’intégration des personnes âgées dans le cycle économique.
Ce film aux tonalités différentes mais complémentaires est d’une profonde et bienfaisante humanité.
Comme personne n’est « normal » rappelle le film, il nous invite à s’ouvrir vers l’intérieur de nous-même et vers l’extérieur, à tout mélanger dans l’espoir que les rapports humains en toutes circonstances, s’améliorent … soudain.