A marquer d’une croix noire. Nous connaissons le talent de Joa-chim Lafosse (septique) dont le style cinématographique se veut fort, original, marquant. Et souvent il y arrive.
Nous connaissons aussi sa propension à s’inspirer de ce qui traîne dans les poubelles : un professeur qui sodomise son élève, une mère qui égorge ses enfants, voici maintenant le commerce de petits enfant noirs de moins de cinq ans et orphelins, à vendre à des familles françaises en mal d’affection. 300 gosses à exfiltrer, excusez du peu. L’enfance marchandise.
Le film se donne des allures de grandes productions de première classe ! Avions, survol du désert (on ne sait lequel) 4X4 d’ONG foireuses, automitrailleuses de la force publique, pickup de révolutionnaires indéterminés, blindés de forces occidentales supposées contrôler la zone. Bref, le cinéma belge veut se hausser d’un cran dans le grand spectacle, rêve de Laurence d’Arabie, Argo aux petites pieds.
Malheureusement très vite l’on ressent la vacuité de la plupart des plans : la nuque d’un chauffeur ou d’un pilote qui contemple un paysage insignifiant, des plans cadrés fixes, vide, dont l’action est aussi passionnante que de voir quelqu’un se déplacer de gauche à droite, une mise en scène agitée pour donner l’impression d’une installation fébrile de l’équipe dans son camp de base.
Rien n’est intéressant ou original, mis en scène de façon à retenir le regard par le sens plastic, le spectacle signifiant d’un espace, d’actions incidentes. Un grand nombre de plans semblent être montés pour faire du minutage car ils n’apportent rien, qu’un ennui insidieux. Le film rebondit de scènes de dialogue en scènes
de dialogue. Avec quelques moments de pauses. Et ces scènes de dialogues sont répétitives, hystériques, caricaturales. Elles servent à faire poussivement avancer l’action par les bribes d’explications lâchées enfin aux spectateurs perdus dans cette poussière cent fois vue à la télé.
Lafosse nous avait habitué à mieux. Pourtant les éléments d’un bon scénario sont réunis : antagonistes, négociations incontrôlables, enjeux complexes, durée limitée, langues étrangères et incertitude des traductions, points de vue complémentaires (la cinéaste reporter, la traductrice, le « fixeur » local, les membres de cette expédition marron). Mais en résumé, ils passent leur temps à s’aboyer dessus. C’est insupportable, Vincent Lindon est une espèce de sous-lieutenant en crise permanente. Pas facile de rendre un aussi bon acteur aussi mauvais. Les mises en place des acteurs, assis autour des tables lors de leurs disputes incessantes, sont d’une maladresse de débutant, chaque acteur est coincé dans son « créneau » et rien ne bouge avant que tel d’entre eux ne se lève à bout de nerfs et d’arguments.
Et pour que l’ambiance soit plombée définitivement, le son est tellement mauvais, ouaté, que la moitié des dialogues sont inaudibles (tant mieux peut-être) et la photographie, catastrophique. Nous savons l’extrême difficulté de filmer en Afrique. Les contre-jours sont difficiles à compenser, la lumière est très dure.
Mais ici, les visages en avant-plan des acteurs sont noirs et illisibles le plus souvent. Quant aux visages des noirs, même les yeux sont sans éclat et les expressions totalement « bouffées » par la noirceur de l’image. Bref un film dont on sort très énervé. Et sans même connaître la fin de cette histoire catastrophique.