Lettre aux producteurs
Chère Diana, Cher Sébastien,
Grâce à l’effet du bouche à oreille, hier soir j’ai eu le grand plaisir de voir ce film.
Il m’a semblé très intéressant et j’ai été touché par ces deux jeunes filles totalement désorientées par leur accession à la sexualité.
Évidemment ce n’est pas le cas de « toutes » les filles de cet âge, mais elles témoignent sans doute d’une réalité largement partagée par la génération « après porno ». Il m’a semblé qu’elles étaient d’excellentes actrices, naturelles, subtiles, pudiques, et qui en même temps n’ont pas froid aux yeux.
La caméra les suit de façon très naturelle, souple et permet de tout comprendre sans qu’une mise en scène découpée, cinématographique classique, ne soit nécessaire, ce qui sans doute aurait cassé le « naturel » du récit.
Le scénario est subtilement construit car l’histoire est assez diffuse et en même temps pas un instant l’on ne « décroche » du récit qui a beau partir dans tous les sens, il retient notre attention chaque fois renouvelée quels que soient les moments évoqués : la maitresse du père, l’école et les chuchotements en classe, le sport et les vestiaires, le w.e. soit disant chez la copine, ou avec la famille à l’hôtel, la boîte de nuit, les vacances suisses, l’aventure avec le marin anglais, bref toutes ces saynètes s’enchainent de façon subtile et trouvent leur cohérence dans la recherche de ce je ne sais quoi qui est le mélange du risque, de la provocation, de la découverte et aussi de la poussée naturelle du besoin d’être caressée, de séduire, de découvrir l’autre. Mais dans quelles navrantes circonstances. Pas très glorieux.
La musique est tout à fait appropriée à l’ambiance et l’image a cet aspect « reportage » qui convient parfaitement par les mouvements de caméra et le rendu de la couleur. Aucun effet tape à l’œil, rien qu’un regard qui suit ce qui va se passer et que l’on ne peut jamais prévoir.
Bref, j’ai été troublé moi aussi par ces deux filles en plein désarroi, victimes et actrices de leur destin.
L’impression forte qui me reste est que cette metteur en scène, que je ne connais absolument pas, a réussi une chose rare : un film tout à fait original et maîtrisé, d’une inspiration très subtile, car nourrie d’un moment passager, volatile dans la vie de certaines très jeunes filles, mais si bien décrit, comme un carnet intime, comme des croquis d’études tels que les faisaient les grands peintres. Heureuse découverte car je n’avais pas eu le plaisir de voir ses précédents films.
Certes ce n’est pas la première fois que cet âge et les poussées hormonales font l’objet d’un récit intime, mais ici il y a une sincéri-té qui touche, une originalité de ton, une richesse et une diversité des moments choisis, qui forcent l’admiration et provoquent une grande adhésion aux personnages et au récit de leurs errements. Cette empathie laisse un sentiment chaleureux vis-à-vis de ces encore gosses et déjà femmes qui compense un peu le plan de fin si éprouvant, où symboliquement l’une d’elles au péril de sa vie
« passe de l’autre côté » et met une barrière tangible - les glissières - et unemétaphore en même temps de ce changement soudain, radical, qui donne accès à la vie d’adulte, à son autonomie. Vient alors à l’esprit un vœux, celui de lui souhaiter bonne chance.
Une jolie réussite.