Si le cinéma peut se définir comme un dépaysement et une source d’émotion, ce film-ci remplit parfaitement cette fonction. Nous sommes en Chine et allons suivre une dame durant 25 années. En trois périodes qui se succèdent. D’autres histoires naissent puis se terminent durant ce récit, des personnages très attachants jalonnent ces années subtilement évoquées. La description - certes partielle - de la Chine, en dehors de tout cliché, est tout à fait captivante.
Il y a donc une histoire, construite, un récit attachant, des découvertes et des images d’une très grande originalité. Mais c’est surtout la dimension affective, émotionnelle, qui a retenu mon attention. Exprimer ses émotions ne semble pas faire partie des usages en Chine. Les visages restent marmoréens, les regards fuyants, et pourtant nous sommes envahis par l’intensité des émotions, des frustrations et des joies partagées tout au long de ces années
« ordinaires » dans la vie extraordinaire des personnages croisés durant ce récit construit comme un banquet aux plats exotiques
multiples qui se répondent par leurs saveurs, qui contrastent par leurs ingrédients, qui réjouissent les sens par leurs subtilités. Bref, chinois.
L’image est très soignée aussi, 4/3 dans la première partie, elle s’exprime ensuite dans un format large 1,85 et la troisième partie, anglophone essentiellement, est en cinémascope. Il y a des effets qui surprennent, issus sans doute d’une culture visuelle plus en pratique dans les pays où la technologie joue un rôle plus central. Le déroulement de l’histoire du film laisse au spectateur le temps de faire siennes les séquences si diverses, si finement décrites qui nous prennent par la main, par le cœur, pour nous emmener au delà des montagnes, dans ces ailleurs, des lieux rêvés mais qui se révèlent décevants car la vrai richesse, sans doute, est en nous-même et pas dans les ambitions un peu vaines qui nous attirent comme le font les lumières de boîtes de nuit pour les papillons écervelés qui y cherchent l’oubli.