Le réalisateur Felix Van Groeningen est sans doute le cinéaste le plus talentueux de ces dernières années en Belgique. De Helaa-sheid der dingen et The Broken Circle Breakdown (087) ont été des films absolument stupéfiants par leur style de prise de vue, par la vigueur de la direction d’acteur, par l’originalité inouïe des scénarios et un montage très intelligent.
Ce troisième film les surpasse sans doute sur tous ces points, même si le sujet est particulièrement sordide : la description d’un Assommoir à Gent, fréquenté par une bande d’abrutis inimaginables, et tenu par deux frères totalement improbables. Cela boit, sniffe, pisse, tape, et tringle les filles comme des pistons de machines à vapeur. Mais quel talent pour montrer tout cela, faire comprendre l’évolution de ces esprits, comme une coulée de lave,
de ces destins voués à l’avilissement, faute d’avoir pu imaginer autre chose. Une musique omniprésente éclate les tympans. Les acteurs sont fabuleux, les petits rôles extraordinaires et la figuration d’une rare richesse.
Cela fume tant que l’on sent la puanteur envahir le cinéma tellement c’est bien montré. La langue aboyée par cet agglomérat de dégénérés est un patois venu directement de l’extrême ouest de la Belgique, totalement incompréhensible et donc aussi sous-titré en flamand. C’est la mode dans le cinéma du nord de la Belgique. Très fascinant à entendre et tellement bien choisi pour augmenter encore ce sentiment que l’on a affaire à des paranormaux. Pas très frais, ni très amusant. Mais tellement talentueux que l’on en sort ébloui.