Lorsqu’on va au cinéma sans savoir ce qui vous attend, il est de belles surprises. En voici une, rare. Disons déjà que le film est tourné en Afghanistan. Et que c’est plus un documentaire qu’une fiction. Le titre est incompréhensible hélas et c’est donc une erreur commerciale. Précipitez-vous de crainte de rater ce « Pays des éclairés »!
Il s’agit d’un documentaire, légèrement fictionalisé par le rêve d’un tout jeune homme, de réunir assez de moyens pour épouser l’enfant qui sera grande, le temps d’avoir de quoi payer les noces. Une voix off donne quelques éléments à la manière des contes anciens. Mais le film est surtout un voyage hautement improbable dans les montagnes afghanes, pellées, enneigées, soufflées par le vent. Sur la route du Tadjikistan voisin, se font tous les trafics imaginables.
Et dans ce pays, c’est essentiellement l’opium, 1ère richesse nationale et le lapis lazuli, cette pierre rare et précieuse qui, pillée, donnait ce pigment bleu très coûteux utilisé pour la robe mariale dont la couleur soulignait ainsi le rang, immédiatement après l’or divin. Autre trafic, celui du métal récupéré sur les armes et véhicules militaires abandonnés en rase campagne. Et tout particulièrement le cuivre des douilles. Mais aussi les mines antichar déterrées au péril de leur vie par de jeunes enfants qui ont de l’imagination sans fin pour survivre. Ils revendent ces explosifs aux mineurs de leur âge...
Jamais il ne serait possible de voir tout cela, ces paysages de National Géographique, ces cieux changeants, ces lumières qui
ne semblent être que de ces montagnes-là. Montagnes gardées par des postes militaires américains avancés. De là partent des rafales de mitrailleuses, des tirs d’obusiers et des ordres pour l’aviation qui vient bombarder tels mouvements suspects dont on ne sait si ce sont de dangereux combattants, d’audacieux caravaniers trafiquants ou de braves gens essayant de redonner vie à un pays abandonné du monde entier.
Il est des images d’une rare beauté, les jambes d’un cheval au galop, des visages, un somptueux palais qui n’est plus que ruine. Ka-boul envahie par des chameaux et le cheval roi.
Certes le récit est un peu décousu, il y a des redites, des longueurs, des parties qui restent difficiles à décoder, à comprendre. Mais n’est-ce pas aussi l’un des charmes de la découverte, être confronté à un univers tout à fait extraordinaire auquel seul le cinéma peut nous donner accès ?
Un mot encore pour souligner que ce film est « belge », réalisé par un auteur flamand, et financé par le VAF et la Fédération WB, ainsi que le tax shelter. Production qui honore celles et ceux qui l’ont rendue possible.
Le réalisateur Pieter-Jan De Pue est aussi photographe et bourlingueur. Et cela se voit, ses images sont somptueuses.
Durant 7 années, elles furent tournées en 16 m/m ce qui donne au film une qualité singulière et rare, en parfaite harmonie avec ces bouilles de gosses auxquels s’attachent les spectateurs émerveillés.