Ce n’est pas le passé mais le cours du temps qui passe vers ce qui est à venir. Voilà un film qui aurait pu être d’une grise banalité : la vie d’une femme dans la cinquantaine, en couple un peu routinié avec un bon mari, avec une mère finissante et tyrannique, deux ados à l’aube de leurs vies autonomes.
Et bien le film est subtile, touchant, plein de réflexions intéressantes. Il faut dire que Isabelle Huppert, qui est de tous les plans, est impeccable, sans jamais sourire, toute en intériorité, en souffrances. Prof de philo comme son mari dans une histoire qui baigne dans un niveau de langue, de problématiques, d’échanges entre élèves et prof, un ancien élève en particulier, qui contrastent avec la vulgarité racoleuse tant prisée par le cinéma franchouillard.
Nous suivons une vie qui pourrait être « ordinaire » et qui prend sa saveur dans l’acuité du regard de la réalisatrice dont les parents étaient profs de philo : Mia Hansen-Løve. Romain Kolinka est un acteur (fils de Marie Trintignant) qui incarne superbement la
« jeune » génération en rupture : ferme en Ardèche, vie en communauté, fromage de chèvre et lectures intellos à gogo, avec ordinateurs Apple pour le roman, le livre, l’œuvre à écrire ! Tout le film se déroule dans une ambiance de réflexions, pertinentes, fines, sur le sens de la vie. Et dans un mouvement incessant : on marche, on roule en train, en auto, en bus, on voyage, on papote, on partage des repas.
Le personnage de la mère, interprété par Édith Scob, est magnifique, ce genre de rôle, d’actrices, dont le cinéma américain regorge et qui, en France, est si rare, si précieux et attachant par le talent et l’originalité. Elle est l’histoire du cinéma français à elle quasi seule... Il y a aussi le chat de cette dame, la maman tyrannique, qui est amusant et incongru dans l’histoire sensible qui nous est contée, matou qui enchante autant qu’il envoûte et encombre.
Un film qui fait partager l’intime d’une vie représentative sans doute de beaucoup de vies, d’intellos dans les beaux quartiers, certes, mais ils existent aussi ces gens qui cherchent le sens de leur vie, et avancent vers on ne sait trop quel avenir.