Un film d’exception. Il décrit un couple avec une jeune fille qui hérite d’une immense maison dans la banlieue chic de Copenhague. Au lieu de la vendre, ce qui aurait été raisonnable, ils décident d’y accueillir une communauté qui se crée de façon très « soixante-hui-tarde » : on se réunit, on discute, on vote sur la consommation de bières, sur le lave-vaisselle, sur les petits conflits du quotidien.
L’épouse est la présentatrice vedette du JT en ce début des années septante, ce qui nous vaut quelques savoureuses séquences de plateaux télé. Lui est architecte et prof, les autres, des glandeurs de tous poils.
Et ce qui devait arriver arriva : le professeur fait une rencontre qui va bouleverser sa vie, celle de la communauté, de sa fille et de sa femme.
Il me semble que la crise de la quarantaine a rarement été montrée de façon aussi originale et poignante. La souffrance est sans doute ce qui donne à cette communauté une unité de ton si émouvante. Il y a le couple dont l’enfant ne peut vivre, l’adolescente qui va essayer de s’émanciper du biotope familial, le raté professionnel, l’architecte frustré, sa femme soudain au bord du néant...
Le réalisateur, Thomas Vinterberg, avait déjà imposé sa façon, son talent sans comparaison, avec Festen qui était aussi la description d’un groupe social en proie à ses pires démons.
Ici nous partageons un moment de vie collective qui ne peut empêcher les basculements individuels, douloureux, inévitables, malgré l’adhésion intellectuelle que certains s’efforcent d’imposer à leurs sentiments. Ils sont indomptables.