Le film est en deux parties. D’abord nous découvrons une famille classique, le mari réussit richement, les enfants sont mal dégrossis, la femme s’ennuie, n’a guère d’ancrage dans la vie comme il arrive souvent lorsque s’émancipent les enfants qui ont tout accaparé.
Soudain, le frère jaillit sans prévenir, une personnalité fragile, provocatrice, formant une sorte de couple avec sa sœur, façon Les enfants terribles, qui s’inventent un univers à la Cocteau. Fugitivement, brutalement.
Et ensuite la sœur part vers le Japon, essayant de remonter le parcours du frère, tâtonnant dans un univers qui lui est totalement étranger. Voyage initiatique, défi avec la mort en un lieu connu pour y attirer les suicidaires se jetant du haut des falaises, (non, ce n’est pas The sea of trees (250), mais une vrai mer) falaises symbolisant la radicalité, la limite entre la terre et l’eau, celle qui ne se franchit que dans un seul sens et une seule fois.
Alors notre héroïne va expérimenter des dialogues, des échanges, elle va s’offrir à un jeune homme qui, sans doute, lui rappelle son frère, fragile et hypersensible. Un sage aussi essayera de faire passer d’obscures concepts fumeux comme, semble-t-il, l’Asie en propose aux faibles de toutes sortes.
Malheureusement, malgré de très jolis moments de cinéma, une belle image, une bande sonore d’une richesse aussi délicate qu’appropriée, le film s’embourbe petit à petit. Et rien n’en annonce la fin que l’on attend avec une impatience croissante.
Isabelle Carré est une interprète subtile, qui retient l’attention, même lorsque rien ne se passe, sinon cette quête intérieure qui, somme toute, ne regarde qu’elle. Ruben Impens est le chef opérateur, celui des films de Félix Van Groeningen et aussi du premier film de Vanja d’Alcantara. Cette réalisatrice porte en elle un univers très fort, très original, qu’un producteur courageux soutient avec confiance et énergie.
Souhaitons-leur, pour le prochain sujet, une immense réussite ; elle reposera sans doute sur une meilleure maîtrise du déroulement du récit, de la possibilité pour le spectateur de pénétrer les arcanes psychologiques et émotionnelles qui sont proposées avec une rare finesse, mais sans doute encore une insuffisante maîtrise.
Un film à soutenir pour qu’il y en ait d’autres ensuite de cette qualité et plus mûris. Rome ne s’est pas faite en un jour. Il faut encourager les battements réguliers d’un cœur bien né.