Ne levez pas les yeux au ciel d’un air agacé : c’est un excellent film. Anglais. Dans son genre : suspens très tendu, militaire didactique sur les techniques zéro mort, et politique de l’irresponsabilité. Les clichés habituels qui font les bonnes confrontations antagonistes, les rapports de forces, les valeurs diamétralement opposées, et la tendresse humaine dans un monde d’homme-machine. Sauf qu’ici un des hommes est une femme. Brillamment interprétée par Helen Mirren, glaçante de talent et d’autorité naturelle. Elle est entourée de nombreux acteurs exceptionnels de densité, d’autant plus nécessaire que les prestations se font pour la plupart assises, devant des écrans informatiques.
Les seules actions « de la vie » sont celles d’un coin pourri supposé au Kenya (tourné en Afrique du Sud) où se réunissent des grands méchants, qui préparent des attentats suicides. Et cela nous amène dans une cascade de questions politico-éthiques bien imaginées, sans solutions simples.
Tout est calculé au plan près dans le scénario et c’est filmé de façon brillante malgré une grande économie de lieu : une réunion politique, une réunion militaire et deux exécutants, tous reliés par des moyens hyper sophistiqués de communication avec « le terrain ».
Et sur le terrain, les choses sont très complexes. Nous apprenons beaucoup sur les techniques genre « assassinat de Ben Laden » déjà partiellement évoquées dans Good Kill (131) qui était un film assez médiocre.
Ici, les mélanges film d’action, spectacle technologico-militaire et questions philosophiques, sont admirablement entrelacés. Et l’on ne se lasse pas une seconde tant la tension est maintenue à son paroxysme, dès le début du film. Ce n’est pas de l’art, c’est du très grand savoir faire, pour faire penser. On en a plein les yeux. Et les oreilles : écoutez le bruit des rafales d’armes automatiques remplacé par celui des claviers utilisés sans cesse avec la même fougue.