Un voyage à ne pas manquer, celui d’une Mère Kurhash. C’est l’excellente actrice belge, Astrid Whettnall, qui tient le rôle central, celui d’une maman divorcée qui a élevé sa fille unique, seule, avec amour dans un cadre idyllique. La fille arrive à l’âge adulte et disparaît. La suite est donc la recherche et la tentative de compréhension de ce changement qui a poussé sa fille vers un engagement religieux radical.
C’est écrit et décrit avec tact, subtilité et d’une façon qui émeut profondément. Le spectateur est invité, comme témoin de cette recherche de sens, celui qui a transformé cette toute jeune femme : son esprit a été capturé, son sens critique totalement déconstruit, ses incertitudes transformées en croyances idiotes et médiévales, impossibles à expliquer, à débattre, à défendre, mais qui peuvent se partager entre celles et ceux dont les cerveaux sont obscurcis par des réponses doctrinales dont l’apparence semble altruiste, inspirée par dieu. Ce ne serait que ridicule si cela ne débouchait sur une guerre sainte de plus, que certains musulmans dévoyés sont loin d’avoir inventée. Un moment dans le film est très intéressant et - à mon estime - insuffisamment développé, celui où la mère rejoint un cours destiné aux familles dont les enfants sont « entrés en religion du sacrifice ».
L’image du film est particulièrement soignée, avec un travail sur les couleurs absolument remarquable qui crée, en tous cas dans sa partie « belge », une ambiance de plomb. Le récit, chronologique est simple mais véritablement imprévisible ; à un moment, le spectateur se demande, sans avoir aucun élément pour y répondre, quels seront les prochains événements. Et comme l’on sait, ce n’est pas le bout du voyage qui compte, mais la « route » qui, ici, mène vers un enfer que seuls des cerveaux ravagés par la religion et des idéologies de tracts peuvent ainsi réduire à néant. Ce film a un sujet proche de Les Cowboys (182) mais son traitement est d’une beaucoup plus belle facture. La jeune actrice Pauline Burlet est saisissante et va certainement faire de belles choses encore.
Bref, un film à ne pas manquer pour le sujet qu’il traite autant que pour la façon dont le sujet est traité.