Un film documentaire engagé, d’une austérité militante très connotée post soixante-huitarde. Le jargon est superbe : les luttes, l’ennemi principal, le capitalisme, la résistance sociale etc. Et de très haut niveau : Daniel Bensaïd étant la figure tutélaire de cette revue de militants ayant mis leurs vies en danger par idéalisme. C’est souvent admirable, socialement et humainement émouvant, d’une grande diversité, d’une grande richesse en terme d’expériences.
Dans le temps comme dans l’espace. Nous allons assister à des dialogues et des échanges de réflexions parfois amers, parfois roboratifs avec des SDF parisiens, des syndicalistes de Saint-Nazaire, des femmes militantes des quartiers de Marseille, mais aussi des zapatistes mexicains un peu moins connus ici, les Boliviens guerriers de l’eau. Le tout mélangé avec des images témoins des événements évoqués, images tournées par des militants de terrain.
Tout cela est un peu touffu, d’une structure peu perceptible, mais pour ma part, l’intérêt principal de ce film documentaire c’est de
nous amener à nous interroger nous-même sur notre attitude, passive, engagée, militante, désabusée, résignée... vis-à-vis de ce qui est montré ici comme un condensé d’injustices et de cynisme comme notre monde livré au libéralisme armé peut en produire sans entrave. Les barricades, le poing levé, les chants révolutionnaires et la chaleur humaine des « collectifs de lutte » sont entrai-nants, émouvants, porteurs d’utopies.
Mais quoi ? La solidarité, le partage, l’idéologie, sont-ils les nourritures terrestres de demain ? En tous cas, c’est de l’engrais pour les indignés, les Nuits debout et autres combats contre le TTIP par exemple.
Que faire ? C’est face à cette question difficile que le spectateur est mis, sans poujadisme, sans euphorie bobo. Ni Merci patron (260), ni Demain (198). Du brut de décoffrage. Pour intellos et militants, issus de la grande tradition des combats pré-altermondia-listes. Respect.