Micaela Ramazzotti (la femme du réalisateur) et Valeria Bruni Te-deschi forment un couple de personnages exceptionnels, comme le cinéma les aime. Rien que pour le plaisir de voir le talent incarné de façon aussi intense et riche, le film mérite d’être vu. Les autres immenses qualités du film viendront en plus.
L’affiche est rebutante, une fois encore : cela sent la farce italienne tapageuse de banlieue. Il n’en est rien.
Le film commence de façon primesautière et ce n’est que progressivement que le spectateur est amené à s’immerger dans cet univers à la Artaud, dans lequel la folie est ordinaire, sous toutes ses formes. Mais la gaité, l’hilarité parfois, nous dénouent la gorge, tant les acteurs de deuxième et troisième plans, sont excellents, surtout les « malades mentaux ».
A la suite de ces deux « folles » qui fuguent, nous sommes entraînés dans une espèce de road movie qui permet à ces femmes, que rien ne devrait rapprocher, de se lier comme des plantes qui entrecroisent leurs branches et leurs destins, que tout oppose.
Débuté dans la joie et le comique, le film doucement amène le spectateur à s’immerger dans la problématique du déséquilibre mental qui est très bien rendue, sans didactisme, mais non sans humour ni sans précision. De nombreuses scènes nourrissent l’histoire, mais aussi nos connaissances sur les pathologies mentales, qui semblent si douloureuses.
Petit à petit nous sommes amenés à partager les vies de ces deux femmes et à rencontrer des gens qui ont compté pour elles. Mais l’on croise aussi bon nombre de personnages incidents, qui sont remarquables d’humanité et que des acteurs talentueux interprètent de façon parfaite, parfois drôle, parfois simplement émouvante. La construction du scénario est remarquable qui nous amène d’une ambiance de fête chez les fous, vers une profonde et douloureuse communauté de destins pathétiques.
Le film pourrait être pris pour une parabole sur un pays qui tourne à la déraison, pourquoi pas. Mais si l’on s’en tient à la souffrance de ces deux femmes, à leur destin carcéral, l’histoire est d’une force qui va croissante et qui laisse le spectateur profondément remué, comme s’il sortait de l’hôpital Charenton après le spectacle donné par les fous qui y survivent. Mais en Italie, la folie fait un peu partie du quotidien, sans doute, et les personnages se fondent dans la vie ordinaire de façon plus aisée, peut-être, qu’ailleurs. Pour notre plus grand bonheur, quand c’est drôle, pour notre plus grande tristesse, lorsque les scènes provoquent la compassion.