Ce réalisateur nous avait ébloui déjà dans un genre plus primesautier. Ici, il réussit un film très passionnant, lourd et complexe, d’une écriture très raffinée et d’un intérêt rarement rencontré dans le cinéma : le moment où l’acte de tuer, qui est le propre du soldat, devient un assassinat commis contre une personne. Avec toutes les conséquences morales et sociales que cela peut engendrer. Le scénario est d’une subtile richesse, qui ne laisse pas deviner les rebondissements auxquels les protagonistes réagissent souvent par le mensonge. Car ce que le film investigue c’est aussi les conditions de la résilience. L’époque choisie, la fin du premier conflit mondial, est superbement ranimée par des décors, des lieux, des véhicules, des costumes des ambiances admirablement exploités.
L’image est tantôt en noir et blanc, tantôt en couleur. Le noir et blanc est d’une grande beauté comme l’on en connaissait peu avant le cinéma en couleur. Et les séquences en couleur restituent
de façon très subtile ces tons désaturés propres aux clichés auto-chromes des Frères Lumière.
Mais venons-en à la pépite du film, l’actrice Paula Beer. Rarement une femme aura été aussi parfaite dans un rôle. La caméra l’aime, sa peau reçoit la lumière comme une caresse, ses regards sont aussi riches et variés que les reflets de mille pierres précieuses. Paula Beer occupe, à elle seule, tout l’écran, que ce soit en plan large ou serré sur son visage merveilleusement expressif. Elle est pratiquement de tous les plans et se renouvelle chaque fois avec une richesse, des ressources magnifiques. La musique joue un rôle central et subtile dans le récit comme, dans une moindre mesure, la peinture telle qu’elle peut être admirée au Louvre.
Voilà un film superbe et intimiste, peu tapageur et tout en délicatesse. Cependant sous-tendu par des enjeux de toute première importance.