L’exil et le royaume. Ce titre camusien pourrait exprimer l’intention du réalisateur qui juxtapose l’une des pires tragédies du 21e siècle commençant et la douce quiétude du royaume d’un enfant, des habitants de cette île devenue tristement célèbre où cohabitent toute la misère du monde et une sorte de douceur de vivre archaïque, celle de l’enfance rurale, de l’affection familiale, de la pêche sous-marine, du sentiment de communauté conforté par les musiques qui se partagent et se dédicacent via la radio locale. Lampedusa est le lieu de convergence de tous les espoirs des migrants prêts à affronter la mort pour essayer de vivre. Cela est montré avec tact, beaucoup de ces activités héroïques nous sont connues mais ici les images en suggèrent une approche édulcorée,
symbolique plus qu’anthropologique ou simplement journalistique, avec une force et une vibration humaine intense. Car le destin de ces femmes, de ces enfants, de ces hommes, est tout simplement la honte de notre monde. Et voir la honte en face, les yeux ouverts, devrait être une obligation cruelle pour chacun. Seuls les hommes et les femmes qui sauvent ces naufragés méritent l’estime, ils sont les rédempteurs de nos consciences avachies et gênées. Un médecin est très remarquable par ce lien qu’il noue entre l’ordinaire et l’extraordinaire. Cela dit, le film est longuet, un peu esthétisant et somme toute ennuyeux. Et ce n’est pas la lourde métaphore de l’œil qui ne voit pas mais que l’on force à regarder les choses qui va donner cette émotion qui manque au film.