Danièle Thomson est une personnalité dont le talent est immense, tant comme réalisatrice que comme scénariste puisqu’elle a écrit de très nombreux films qui se sont imposés depuis... 50 ans.
Et ce film-ci ne déçoit pas. Il donne en plus ce sentiment que j’apprécie tant au cinéma, celui du voyage dans le temps et l’espace. Nous voilà entre Paris et la Provence, à la fin du 19e siècle. Tout est parfait dans la reconstitution, l’évocation de la bohème artistique de l’époque, la cruauté de ces vies pauvres et exaltées. Le titre annonce un très grand peintre qui a « galéré » dirait-on aujourd’hui, sa vie durant. La surprise vient du « et moi » que l’on n’attend pas mais que l’on découvre avec un intérêt complexe. Ce couple d’intellectuels créateurs est très entouré de personnalités, célèbres pour un certain nombre d’entre-elles. C’est amusant. Cela devient plus difficile lorsque ces tempéraments s’affrontent dans des dialogues ciselés, vifs, admirablement interprétés par des comédiens tous excellents. Sans être « bavard », le film donne la parole à bon nombre de gens et un bon nombre de fois ! Et à des moments de tensions, d’affrontements tant interpersonnels qu’idéologiques, avec des enjeux importants qui plongent le spectateur dans cette
réflexion sur les artistes, singulièrement les peintres et les écrivains. Nous sommes témoins des hauts et des bas, des rancœurs et des jalousies, des amours douloureuses, avec une intensité souvent paroxystique mais qui me semble particulièrement bien maîtrisée par la réalisatrice et ses interprètes.
Le monde de la peinture impose une image de très grande élégance esthétique, des lumières très travaillées, bref, une forme de beauté plastique qui ajoute aux qualités du film et au plaisir à le découvrir.
Le bémol viendrait de la complexité de la chronologie ; le film se déroule sur une période très longue et par périodes qui s’enchaînent sans plus qu’une indication de date. Comme la date de l’épisode précédent est évidemment oubliée par le spectateur, il reste un peu perdu, faute de bien ressentir le poids des ans. Mais le film valant plus par les échanges entre protagonistes que par son versant biopic, le plaisir reste intense, même si une certaine confusion se glisse ici ou là dans le déroulement de l’histoire.