Voilà un film construit comme un objet de série, où tout est de grande qualité. Le scénario est bien imaginé qui, sur un fond d’Amérique à la dérive, écrasée de pauvreté post crise de 2008, montre un univers à l’inverse même du rêve américain. Deux frères plus crapules que ça tu meurs. Deux flics, plus caricaturaux que ça tu rêves. Et c’est parti. Délinquance brutale, chasse à l’homme un peu smart.
Avec tous les ingrédients disponibles sur l’étagère du scénariste professionnel : la femme délaissée et le fils qui, en tête à tête avec le père, l’humanise un peu, la vengeance du repris de justice, le flic à la veille de sa retraite qui insulte à chaque phrase son binôme d’origine mexicaine par des allusions racistes. Un saupoudrage
« social », sur fond de crise, ajoute un léger parfum de justification à ce qui n’est qu’un film d’actions violentes. Tous les rôles à scène unique sont parfaits, parfois sublimes de talent. Le nom de
Commancheria désigne une région qui fut celle des Commanches ; et ce film hyper texan (musique et accent garantis) a été tourné au Nouveau Mexique.
L’image est la caricature du cinéma américain, ce qui ne manque pas d’amuser pour un réalisateur écossais : route droite qui se perd dans l’infini d’un désert allégorique de ces vies vides de sens, des mouvements de caméra que des machinistes virtuoses maîtrisent comme des caresses faites à la nature, de lumière et de lents déplacements pour occuper un espace que la vacuité écrase. Bref, du très bel ouvrage.
Mais totalement dépourvu du moindre intérêt. Sauf celui d’un sa-voir-faire sans savoir pourquoi. La violence, le mépris de la vie humaine, la banalisation de ces comportements qui sont radicalement immoraux finissent par donner la nausée.