Voilà un film sans prétention qui peut prétendre à l’excellence, dans la catégorie portrait de (triste) famille. Hedi est le cadet d’un frère idéalisé qui, lui, a tout réussi. Leur mère, veuve, est la caricature de la Mama arabe, juive et italienne cumulée. Un portrait superbe ! Le fils cadet doit obéir. A son employeur, à sa mère, à sa fiancée, à son frère, à son destin.
C’est bien entendu le moment où tout cela craque qui nous est conté avec un doigté, un sens des nuances, une approche psychologique remarquablement scénarisée, mise en scène et interprétée de manière très touchante.
Frédéric Noirhomme est le chef opérateur qui nous vaut des cadrages exprimant parfaitement l’enfermement du personnage central, sa quête à la Rosetta avec des plans longs et nombreux
ayant en avant plan, en amorce, la nuque ployée du héros avançant dans le dédale oppressant de sa vie. Les choses montrées semblent banales, prévisibles et cependant chaque moment de l’histoire est bien ressenti, décrit, singulier, filmé avec un sens du récit, une sensibilité fine et retenue.
Pour un réalisateur qui débute dans le long métrage, nous lui souhaitons un long parcours ! La lecture métaphorique du scénario tunisien s’impose, celle de la génération du Printemps arabe qui veut rompre ses chaînes. Mais cela n’est qu’un sous-texte pour ceux qui aiment mêler l’Histoire et l’histoire d’un film. Une coproduction belge avec l’argent du Tax Shelter, certes bien employé, mais qui ne sert en rien l’image du cinéma belge. Les frères Dardenne une fois encore, le Studio l’Équipe, le chef opérateur e.a. justifient par leurs talents ce détournement d’argent.