Erik Van Looy est une importante personnalité flamande et ses précédents films ont été de grands succès : Loft - L’affaire Alzei-mer. Donc il est tentant de voir ce film-ci. Très brillamment réus-si. D’un point de vue formel. Le scénario est boulonné scène par scène, et elles sont courtes, spectaculaires et très nombreuses. Une histoire de portée mondiale qui se passe « chez nous » dans les décors très bien exploités du Cinquantenaire, e.a.
A part le rôle du Premier qui me paraît pâlot, le casting fait frémir : une bande de méchants à faire des cauchemars. Il y a un sens du cadre et de la lumière particulièrement adapté et spectaculaire. La bande sonore est souvent pléonastique, tonitruante, mais c’est la loi du genre. Nous sommes coincés dans une mécanique qui broie l’homme, un conflit cornélien insurpassable. Et un dénouement qui récompense le spectateur et remet la morale à l’honneur.
Ce qui ne me convient pas, c’est que l’on tue comme d’autres allument des cigarettes, que l’on frappe comme d’autres jouent à la pétanque, que l’on torture moralement comme d’autres font du golf. Et cette désinvolture dans l’abject, le sanglant, la violence en tant que spectacle de défoulement, je ne trouve pas cela nécessaire.
De tels talents gagneraient beaucoup à s’atteler à des grands sujets de société au lieu de courir après la réputation des films noirs américains. Lorsque tout le monde conviendra que les crapules du cinéma flamand valent celles des films américains, qu’aura-t-on gagné ? Une fois de plus les talents au travail en Flandres surpassent, et de très loin, par la qualité du résultat, ceux qui travaillent en communauté française, essayant de courir derrière un cinéma français peu inspiré et peu inspirant.