Voilà un film très écrit, très structuré, très dense. Et dont le sujet est à la fois très connu et en même temps un défi cinématographique redoutable : l’essentiel se passe sur des écrans d’ordinateur. Le pari me semble réussi qui raconte l’histoire connue déjà de ce fonctionnaire de la NSA qui va « trahir » par fidélité à des va-leurs qu’il estime supérieures à celles pour la défense desquelles il est employé. Citizen Four, non de code et titre d’un documentaire sur Snowden, avait déjà fait une immense impression parce qu’il révélait ce destin de chevalier blanc dans le monde terrible du Big Data. Ici le film est orienté « biopic » avec le poids parfois pesant
des séquences « privées », la vie de couple de Snowden qui n’est pas décrite avec une extrême finesse, hélas. Cela plombe un peu le film, c’est son versant laborieux. Ce qui est brillantissime, par contre, c’est notre initiation à ce monde du renseignement numérique, semble-t-il sans limite, sans barrière. Oliver Stone est un réalisateur dont la carrière le place au sommet de l’art, de la politique et de la diversité culturelle. Peut-être ce film ne restera-t-il pas le plus marquant de ce réalisateur, scénariste, producteur, acteur, mais il vaut surtout par la complexité du domaine étudié et expliqué avec une puissance visuelle exceptionnelle.