Vous, n’attendez pas pour voir ce film, grâce au ciel : il est remarquable, d’une importante actualité, celle de l’emprise des recruteurs islamistes sur des adolescentes convaincues de se sacrifier en Syrie. Le film est d’une construction subtile, nous faisant suivre
2 destins familiaux qui s’entrecroisent et qui, naturellement, montrent les voies diverses, complexes, souterraines, de cette emprise affective, idéologique et stupidement religieuse qui prend ces jeunes filles comme dans des nasses, une toile d’araignée dira l’une d’elle, le net. Le film n’est pas chronologique mais est bâti comme une symphonie dans laquelle sont repris les thèmes qui sont développés, qui entrent en dialogue, qui s’imposent de façon très éprouvante. Il y a des séquences d’une densité émotionnelle rarement égalée dans l’intimité de liens familiaux, filmés en très gros plans de surcroit, loin de tout pathos, de toute mièvrerie manichéenne. Le spectateur apprend beaucoup, douloureusement, sur ce poison qui échappe à tout contrôle via internet. Mais ce n’est jamais simpliste, jamais de recette, jamais de vérités prêtes à l’emploi, de bons ou de mauvais. C’est une nouvelle fois le poison de la foi, de quelque religion qu’il puisse s’agir. Ici c’est le tour de
l’Islam. Mais il n’y a rien de spécifique dans cette imbécile folie de dire ce qu’il convient de faire pour la gloire de dieu, pour mériter son paradis, pour donner un sens, qui n’est que non-sens, à sa vie. Une personnalité centrale de cette problématique en France, Dou-nia Bouzar, joue son propre rôle (discrètement) dans le film mais de façon déterminante. Car, par elle, apparait l’espoir que la raison puisse gagner sur l’endoctrinement, qui n’est pas une bêtise, mais une profonde maladie de l’âme, de la société qui crée plus d’angoisses incertaines que de promesses enviables. C’est un film à voir par tous, familles, enseignants, travailleurs sociaux et les religieux qui feraient bien de s’exprimer davantage sur ce qui les distingue du poison de l’endoctrinement au nom du ciel et de ceux que l’on a inventé, au prétexte que, de là, ils pourraient régler nos destins ici-bas. Le film reste très proche des familles, des écoles, des ados qui sont le lieu de ces dérives sectaires. Et qui en montre les complexités comme un excellent documentaire, mais qui est mis en scène avec une profonde humanité et un immense talent, celui qui sait s’effacer devant la force de celles et ceux qui portent son propos.