Ce n’est pas un boulot pour un petit garagiste genre Frankenstein. C’est LA grande question du don d’organe qui est proposée et débattue durant les 3 chapitres du film : Exposition, donneur, receveur.
L’exposition est d’une vigueur magnifique, des jeunes « pétant de santé » qui vont de bicyclette, en skate à roulette puis surfent dans les rouleaux de la mer. Superbes images. Vient le drame et la façon dont il est montré m’a semblé remarquable. D’une intensité très bouleversante, d’une simplicité, d’une humanité qui me parait rare dans le cinéma français. Tous les acteurs sont justes ; salut à Bouli Lanners, en passant, qui campe un médecin très touchant. Les parents sont parfaits de modestie, de vérité, d’authenticité.
Puis vient la troisième partie, le receveur. Et là, ça patine, c’est long, il y a des « sous-intrigues » qui nous perdent un peu, qui n’intéressent pas, qui ne contribuent en rien au propos central. Mais c’est bien joué, c’est filmé avec vivacité. Alors, patience ; nous allons revenir à l’essentiel. Et là on bascule dans un cinéma technique : les opérations à cœur ouvert ; à cœurs coupés et recousus après transport, pourrait-on dire. Cela ne plaira pas à tout le monde, aux végétariens en particulier. Mais c’est admirablement fait, avec, me semble-t-il, cette juste mesure entre l’humain et la technique inhumaine par nécessité. Il me semble que l’apport essentiel de ce film au débat, est l’aspect concret de ce geste si étrange qui consiste à accepter qu’une partie du corps d’un défunt vive dans le corps d’un autre, pour lui permettre de vivre. La musique d’Alexandre Desplat est adéquate, comme si l’on savait que c’est ce genre de musique qui convient et que l’on s’attend à entendre. Si le film n’est pas une importante contribution à la cinématographie mondiale, il est certainement remarquable et doit être vu pour ressentir et réfléchir à ces drames intimes que la médecine peut transformer en actes généreux.
Une fois encore le tax shelter belge est impliqué dans ce film qui ne montre rien ni de la Belgique, ni de ses capacités techniques, ni de ses talents si l’on excepte Lanners. Si les détournements de fonds continuent à ce rythme, je gagerais, à contre cœur, que ce système de financement du cinéma français, au dépend des talents et techniciens belges, finisse par être réfuté par les politiques ; il faut y prendre garde : le cinéma belge ne gagne rien à ce type de cinéma là, strictement rien.