A voir, c’est un immense bonheur, tant le film est élégant, raffi-né, joué de façon admirable et admirablement cinématographié, image, cadre, longs plans séquence, son, musique. Certes, c’est du cinéma anglo-saxon déjà vu maintes fois. Mais dont on ne saurait se lasser. Rien que la langue anglaise châtiée, prononcée avec une subtile distinction, est un plaisir. Alors oui, pourquoi un film de plus dans ce style ? Aurait-on posé la même question à Bach pour ses cantates, à Mozart pour ses symphonies, à tant d’autres dont le style est puissant, devenu classique et sans cesse décli-né, enrichi comme rarement ici ? Le réalisateur aborde, je crois pour la première fois de sa courte carrière, un récit so british. Il est américain et le film est tourné en Australie. Le musicien est Alexandre Desplat (325 e.a. !) qui est le caméléon des portées qui transportent.
Il faut souligner la qualité du casting tellement approprié, jusque dans les petits rôles et l’enfant à plusieurs âges. Alicia Vikander est sublime, comme elle le fut e.a. dans The Danish Girl (205) et Anna Karénina (203). L’histoire se déroule de 1914 à 1950 dans un endroit abandonné du monde, le petit village de Stanley en Tasmanie (une île au Sud-Est de l’Australie, pas la porte à côté !) Et le phare est situé au Cape Campbell, sur le Détroit de Cook, au Nord-Est de l’Île du Sud de la Nouvelle-Zélande.
Ce qui nous vaut un dépaysement, des images de toute beauté, un sentiment de bout du monde à une époque où la voiture et le chemin de fer commençaient à peine à désenclaver ces lieux de vie là-bas, si lointains. Ce qui me parait particulièrement intéressant, c’est la richesse d’un scénario très original. Le titre anglais est plus approprié qui suggère la lumière entre deux mondes ; entre deux femmes dont les destins sont bouleversants. Qui dira la peine de perdre un enfant, qui dira celle de ne pouvoir en mettre au monde ? Mais aussi la lumière qui jaillit après les massacres de la Grande Guerre et l’espoir d’un monde nouveau. Les questions soulevées par le film sont très complexes, essentielles et rarement traitées au cinéma de cette manière : la légitimité de l’amour ou celle des liens de la nature, le respect des lois ou celui des va-leurs morales, les secrets qui préservent et aident à vivre, ou la vérité, fut-elle destructrice ? Voilà qui devrait amener un vaste public vers ce film de très grande classe.