Ce film mythique dans la cinématographie belge date de 1952 et a été admirablement restauré, ce qui nous le met à nouveau à porter de regard.
Bien entendu le film « date » et, sans doute, cela augmente-t-il le plaisir à le (re)découvrir. Charles Spaak en est le coscénariste. Une des personnalités belges les plus marquantes du cinéma... français (d’avant-guerre surtout : La Grande Illusion par ex.) Ce qui nous vaut des dialogues parfois percutants. Il a travaillé e.a. avec Jacques Feyder (d’où sans doute la présence de Françoise Rosay dans le film) et avec André Cayatte (conseillé technique du film de Henri Storck). Ajoutons André Souris à la musique, un homme dominant du monde musicale belge, un peu oublié hélas aujourd’hui.
Tous ces talents exceptionnels sont réunis autour d’une idée simple : célébrer l’union douanière du Bénélux en un lieu belge bien connu dit « des trois frontières », là où l’Allemagne jouxte les deux pays qui suppriment les barrières grâce à cette union. Le film commence et se termine par le rapatriement d’une vache qui a l’outrecuidance de brouter l’herbe dans le pays voisin ; le ton est donné. Mais toute la subtilité de la construction de l’histoire est de mêler plusieurs intrigues : celle de l’amour entre la fille du douanier et le fraudeur, de la jalousie du jeune douanier fraichement arrivé qui s’éprend de la fille de son collègue. Laquelle devient jalouse d’une allemande survivante de la Guerre...
En même temps nous suivons une affaire sociale façon Caterpillar avec fermeture d’usine et transfert des machines. Il y a un peu d’Eisenstein dans l’esthétique de ces séquences. Une partie du film est de type « policier », avec poursuite en grosses voitures américaines qui dérapent sur les chemins boueux, des négociations façon Le Parrain et coups de feu dans les sous-bois la nuit. Les Tontons flingueurs embourbés dans des coupe-feux, inspirés par Scarface, le premier du titre.
C’est passionnant à voir aussi, parce que le soin mis à choisir les cadres est très élaboré, les mouvements d’appareil sont sophistiqués, à propos. Les éclairages méritent d’être particulièrement appréciés, ils sont de Eugen Schüfftan, brillant chef opérateur de Métropolis, Drôle de drame, et tant d’autres. Bref, que du beau monde. Il faut aussi remarquer que, faute de temps de tournage, de moyens, les séquences n’ont pas toutes été traitées avec le même soin, les découpages s’en ressentent et les raccords de gros plans « glamour », s’ils sont beaux comme des photos Harcourt, ne sont pas tous parfaitement intégrés au style général du film.
Bref une vision savoureuse, pleine de nostalgie et d’admiration respectueuse pour celui qui restera le Père tutélaire du cinéma belge. Une demande à mes lecteurs : Qui peut me transmettre la contre-pétrie qui se cache dans le titre ? La réponse m’a été envoyée par Ph de W : le bandeur défroqué.