Marion Hänsel est certainement une personnalité centrale dans la cinématographie belge depuis 1982 ; 12 longs métrages ! Qui dit mieux ? Ils relèvent tous d’une même ambiance : de l’eau, le ciel, des embarcations diverses, une perception du temps qui semble oublier le sens du mot « ennui ». Les acteurs qui ne quittent pas le centre de l’image ; ils sont omniprésents dans les plans. Et Marion a le courage (et le savoir faire) de se produire à chaque fois. Généralement au départ de l’adaptation d’un roman. Aussi, lorsque l’on va voir ses films, c’est d’abord avec un immense respect pour cette carrière atypique, discrète, sans grand succès commerciaux et surtout sans grande reconnaissance professionnelle. Une sorte d’oubli, d’existence d’une œuvre sans public. Et ce film ne va pas amener le public. Deux hommes dont on apprendra qu’ils sont demi-frères (mais ça on le sait par le matraquage promotionnel) partent sur le lieu où leur père fut retrouvé mort. Cela dure des plombes... Ces deux hommes ont un côté autiste.
Le dialogue est très ténu. Inintéressant de surcroît. On n’en finit pas, de bivouacs en navigations hasardeuses, de marches de pa-ra-commando ventripotents en moments de tension entre ces deux hommes dont nous ne connaîtrons finalement que peu de choses. Ils arrivent sur le lieu du décès, apprennent quelques détails insignifiants puis « redescendent » vers le bateau laissé à l’ancre dans une rivière croate que l’on s’apprête à redescendre aussi, sans trop savoir pourquoi et vers quoi. Alors on sait tous que le but du voyage, c’est le voyage lui-même ; on comprend tous que ce voyage est aussi, surtout, un voyage intérieur pour chacun de ces hommes. Mais on n’a qu’une envie, c’est que cela finisse. En plus Olivier Gourmet est aussi mauvais que d’habitude. Il joue faux comme un piano désaccordé. Que cela en fait pitié. Ce qui charme un moment, c’est la particulière beauté des lieux traversés. Un film de « repéreur » en quelque sorte. Ce métier qui consiste à chercher des lieux de tournage. Mais il n’a trouvé que cela.