C’est une histoire extrêmement compliquée. Et pourtant elle est centrée sur une femme et quelques amis. En trois périodes de leurs vies : jeunesse, maturité, vieillesse. Six périodes, 3 lieux, des aller/retour incessants. Et l’on est très embrouillés. Malgré la qualité intrinsèque de chaque époque, de chaque scène. Le parti pris de fonctionner par flashback, déconstruction de la narration linéaire pour proposer des réactions qui nous projettent dans le temps d’avant, ou d’après, est intéressante mais m’a semblé, ici, d’une complexité plombante. Alors que le sujet est riche. Il prend naissance dans ce type de village juif, un shtetl, qui va connaître les pires exactions dues à la guerre. Les séquences sont d’une grande beauté formelle et d’une intensité émotionnelle rare. C’est la dispersion, l’angoisse, la résilience, le lien ténu du courrier, de l’écriture sans lecteur, la douloureuse découverte de la vérité et la décision de la transformer en mensonge pour épargner les
survivants, les descendants. Tous les acteurs ne sont pas excellents et il y a trop de moments où, me semble-t-il, les comédiens schnockent de façon excessive à mon goût. La musique est tonitruante, sorte de surlignage des émotions, des tensions, qui provoquent une sensation de gavage acoustique. Les références et les intentions se superposent comme des couches de crème dans un gâteau écœurant. Et cela est dommage, car il y a de très belles séquences, des moments de réelle force émotionnelle, des situations qui font bien percevoir ce qu’une histoire d’amour peut receler de fort et de déchirant. Le soin apporté aux cadrages, aux mouvements de caméra, la recherche (trop) subtile des rendus photographiques liés aux époques, mais qui ne sont guère lisibles, tout cela fait de ce film, beau et débordant de bonnes intentions, un de ces repas audiovisuels difficiles à digérer, qui restent un peu sur l’estomac.