Un film qui vaut le détour par sa singularité de ton, son style road movie foireux mais surtout pour le propos dont il ambitionne de faire le tour : la cohabitation, en France, de jeunes français portant sur le visage les origines de leurs parents et les réactionnaires bêtes et méchants. Nous voguons entre le Rap des familles et les chansons françaises bien de chez nous. Les scènes se succèdent à un rythme soutenu, avec de belles réussites, quelques longueurs, des moments un peu répétitifs. Mais cela bouge bien, dialogue avec force, et il y a des incongruités étonnantes : le personnage de Depardieu veut tenir la promesse qu’il a faite à sa défunte femme : peindre tous les ports de France comme le fit Joseph Vernet, peintre paysagiste du 18e. Ce qui nous vaut un
dialogue bien sympa, le jeune rappeur pensant qu’il s’agit de son arrondissement d’origine. Les grosses ficelles rejoignent des moments de pure dentelle où s’entremêle tout ce qui fait le lepenisme français. Et les sensibilités des personnages évoluent vers le rapprochement qui s’annonçait depuis le début. Depardieu est le véritable Moby Dick du cinéma français. Ici il se la joue en mineur, sensible et sincère. Et il y a un casting riche en petits rôles bien dirigés, bien choisis. L’usage de l’image du smartphone est aussi une originalité qui retient l’attention, sorte de pendant de la fixation des images, avec le tableau de chevalet pour peindre « sur le motif ». C’est foisonnant et il y a de nombreuses bonnes étapes.