Pas pour jeune fille ! Mais le film est magnifique, d’un baroque luxuriant (luxe et luxure) un dépaysement total dans les splendeurs asiatiques richissimes des années 30.
Les acteurs fascinent par leur capacité marmoréenne de contenir leurs pulsions, leurs sentiments les plus extrêmes, une vibration permanente sans hausse de ton, sans la moindre hystérie.
Et pourtant, l’amour, la mort, la cupidité, les perversités les plus raffinées sont la trame de ce récit dont la construction apparemment linéaire est d’une subtile sophistication car elle repasse par des événements déjà partagés mais proposés dans une autre perspective.
C’est très intelligent, comme une partition musicale reprenant le thème central, c’est foisonnant et d’une esthétique inspirée des estampes les plus sulfureuses comme les plus bucoliques. Pas de ciel, pas de lumière du soleil, une ambiance de pénombre de bronze, avec des bois foncés.
Tous les décors, les costumes, les accessoires, sont d’un raffinement admirable et certains jouent un rôle d’une belle symbolique, parfois d’une crudité émoustillante. Car c’est exactement l’inverse de La vie d’Adèle qui était un frottement de morve dans le stupre des faubourgs.
Ici nous vivons des élans de l’âme et du corps, certes d’une grande perversité, mais d’une intensité et d’une sorte d’élégance qui donnent à ce spectacle une force unique et enivrante. Le cinéma coréen n’est pas ma spécialité, ni l’histoire de l’Asie, mais il ne faut pas être savant pour comprendre que la domination de la Corée par le Japon est aussi une métaphore de la domination entre êtres humains. Après vision de ce film, Les liaisons dangereuses, Emma-nuelle, Histoire d’O et le Marquis de Sade peuvent entrer dans les bibliothèques de couvent.