Mais si, il faut le dire : c’est très réussi. Dans sa catégorie très affichée et rarissime dans le cinéma belge qui en aurait grand besoin : le croisement d’une comédie, petite fille de Feydeau, ayant eu un enfant illégitime avec les Tontons flingueurs, version pour Dames. Nous voilà avec des mousquetaires en jupe, à la recherche des bijoux d’un roi. A 4, ces Dames qui ont déjà un peu vécu (amours, enfants, amants, divorces) ne semblent pas avoir renoncé aux espoirs que font naître les princes charmants qui, dans ce récit, en prennent pour leurs grades. Laissez une femme réaliser un film qui n’est pas dépourvu de gaudriole : vous ne verrez pas un sein nu, et les mecs seront recadrés à chaque plan. Il y a même quelques répliques un peu salaces qui, prononcées du bout des lèvres en cul de poule serties de rouge, donnent la mesure de la liberté de ton que certaines femmes, aujourd’hui, utilisent face à la guimauve romantique des Valentino mal rasés qui n’ont qu’un but : le plumard.
Et ça marche. Parce que le scénario est construit comme un trek billard (billard électrique pour les non belges) ça rebondit sans cesse, la surenchère suit sans faiblir. Les dialogues ont été écrits de façon très appropriée à ce type de film où les répliques servent d’uppercuts dans un match de catch psychologique décrit dans un hebdomadaire pour salle d’attente. La psychanalyse en prend aus-si pour son grade. Guignol n’est pas loin.
Les 4 comédiennes, qui sont dans l’attelage, soutiennent un galop qui ne s’essouffle pas, bousculant tous les autres rôles, souvent bien menés, dans une espèce de second degré qui sied agréablement à ce type de pochade. On s’amuse, on finit même par se sentir intéressé par cette mécanique d’horlogerie qui, pour tinter aux bons moments, doit être parfaitement réglée.
Le montage, comme les décors, le rythme de la mise en scène, des répliques et du jeu des actrices (regards et réparties, body language et la dynamique du quatuor) donnent à cet ensemble d’orchestre de chambre (à coucher) une sonorité pleine de gaité.
L’image du film est très intéressante à regarder car elle essaye de reproduire les lieux, les ambiances, de la façon la plus réaliste, la plus ordinaire possible. Ce n’est pas du « dogma » mais au contraire un plaisir pour le regard qui ne voit que de belles personnes (les femmes sont très élégamment éclairées) dans des endroits sans effets lourds et appuyés. Lorsqu’il y a un effet - un baiser sous un parapluie avec un contre-jour très hollywoodien ou un plan glamour d’une des actrices - c’est un petit clin d’œil amusant qui concourt à l’humour du film. Belles images, justes et sans prétention, sans effet « prise de tête ». Comme ce film qui ne peut qu’amuser. Si vous n’en avez pas l’envie, il y a assez de films belges d’intellos narcissiques pour ne pas se sentir obligé d’aller se détendre et rire de bon cœur. Et la fin de l’histoire est une récompense et une surprise très savoureuse pour les spectateurs qui se sont crus assez malins pour penser qu’ils ont tout deviné à l’avance ! Cette fin-là, faut pas lui dire.