Un film pour midinettes à la retraite. Tout le glamour de loukoum, sauce spaghetti, s’y trouve aimablement aggloméré. Ce que le cinéma français fait de mieux quand il essaye d’imiter les productions américaines. Mais comme l’histoire de ce biopic people a été inspirée par les caniveaux, il ne faut pas s’étonner que cela sente la poubelle. Voilà une Femme exceptionnelle dont le portrait n’évoque que les déboires amoureux. Pire que Un jour, un destin.
Comme elle fut un peu cougar (avant que le mot ne soit utilisé) ces difficultés sentimentales sont nombreuses et le film s’y attarde sans que cela n’ait le moindre intérêt. Sauf à verser une petite larme sur les mouchoirs de batiste parfumés à l’eau de toilette bon marché. Le film faisait 3 heures et a été réduit à 2 ! On l’a échap-pé belle. Mais comme le film ne raconte rien que le malheur d’une femme mal aimée, la chronologie est mise cul par dessus tête pour faire « scénario très construit ». Cela donne un genre. Des flashbacks de style « schéma au gros feutre rouge » pour expliquer à l’écran ce qu’il faut savoir pour comprendre ce qui va suivre et que de toute façon tout le monde sait. Et des séances chez le psy achèvent de souligner, de loin en loin, ce que la lourdeur du récit n’avait pas assez mis en lumière.
C’est bien le problème des biopics : s’ils reprennent les couvertures de Paris Match et les Unes de France Soir, ils n’apprennent rien. Rien sur le travail d’une artiste d’exception, sur une interprète incomparable, sur ce qui a fait la gloire de ce talent rare, sur les talents qui l’ont inspirée, sur l’époque au-delà des apparitions fugaces et caricaturales de Coquatrix et Barclay dans des décors reconstitués de façon amusante. On s’attarde un peu plus sur Lucien Morisse qui a découvert la chanteuse avant de l’épouser puis de se suicider. Il y a des utilisations d’images d’archives qui apportent leur apparente vérité au film. Vous saurez tout sur l’état des trompes de Dalida après son avortement, mais vous ne la verrez jamais travailler ses textes, sa musique. Elle aurait vendu 120 millions de disques de son vivant, plus de 20 millions depuis son décès et c’est bien reparti. De cela vous ne saurez rien dans le film... Pas plus que de la personnalité de ses amants réduits à des rôles de gigolos. Ni rien de son talent polyglotte.
Rien que des historiettes de coulisse, les méfaits des paparaz-zi, et quelques images « orientales ». Un sujet gâché, mais plus luxueusement que le biopic navrant sur Claude François. Ces deux réincarnations méritent d’être saluées pour le talent des acteurs, mais ici les lèvres de l’actrice italienne sont souvent à côté de la voix de Dalida quand elle chante à l’image. Désagréables désyn-chronismes. Et par un malicieux subterfuge, le tax shelter belge a contribué à ce film, démontrant, une fois de plus, que le financement d’œuvre n’ayant strictement rien de belge est licite. Pour combien de temps encore ? Kaatje Van Damme au moins est belge et talentueuse, elle a assumé le maquillage, superbement.