La tentation est grande d’écrire : allez vous recoucher. C’est un film de gangster, ça tue, ça frappe, ça terrorise comme des bêtes. Tout a été vu mille fois déjà. Le prétexte, l’excuse, c’est de réaliser un film « hommage ». Et ça dure deux heures. Mais elles passent vite, car c’est bien fait. Bien joué surtout, bien écrit, bien mis en scène et d’un luxe sans cesse renouvelé dans les décors et les costumes. Un défilé de belles voitures, de Borsalino et de gueules de tueurs comme seul le cinéma américain peut en aligner. Une Saint-Valentin tous les quarts d’heures, car le film est structuré de façon répétitive : on discute pour bien établir l’enjeu, on fait monter la tension puis on fait parler les sulfateuses. Ça crache des pruneaux comme une grêle et, selon la règle du genre, ceux qui doivent mourir meurent pour que les méchants qui vont poursuivre leurs méfaits puissent le faire sans trop de frais de funérailles. Tout cela dans un esthétisme raffiné, celui de la prohibition des années 20 très Art Déco. Ah ! les costumes des Dames, superbes. L’image est très travaillée, les effets de lumière au ren-dez-vous de chaque séquence, les caméras rivalisent de virtuosité. Pour les intellos, il y a un niveau du scénario qui se veut inspiré par le multiculturalisme : le héros est irlandais, ancien combattant de la Grande Guerre, traumatisé par les horreurs auxquelles il a participé pour la gloire de la Patrie. Horreurs pour horreurs, pourquoi ne pas gagner sa vie en se les appropriant. Dans un monde où se juxtaposent des italiens, des irlandais honnêtes (flics bien entendu) des cubains (une cubaine surtout) des protestants et des catholiques. Bref, toute la panoplie. Et même pour donner une petite touche de la grande Histoire dans toutes ces petites histoires, une image du méchant par excellence, Adolphe Hitler qui pointe sa moustache comme pour annoncer que la violence libérale, celle de la libre entreprise, ne peut être jugulée que par un régime fort. Il est de bon ton de soupirer en craignant que Trump soit ainsi anticipé. Bref, la terreur est faite pour terroriser. Ce qui me paraît au moins intéressant dans cette production, c’est l’exceptionnelle performance d’un acteur qui est de tous les plans et qui réalise ce film hyper technique. Dans Argo il avait déjà donné la mesure de son immense savoir-faire.
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