Le film est somptueux, ample, très spectaculaire et intime à la fois mais détestable par son sujet. Sergio Leone qui aurait engagé l’Exorciste pour relire Sade et se livrer aux scènes les plus gores possible, avec l’espoir de surpasser Tarantino. Un feel bad movie qui vous condamne aux cauchemars à perpétuité, sauf à être amnésique.
Respectons le travail hyper professionnel à tous égards : la photographie est digne du Caravage et croyez-m’en, ce n’est pas comme sur le mur de La Porte de Flandre (fresque peinte sur un mur à cet endroit de Bruxelles) : le couteau d’Abraham n’est pas arrêté par la main de Dieu. Et les corps éviscérés ne sont pas des peintures murales.
C’est même tout le contraire de Le Sacrifice d’Isaac : le personnage central de l’histoire est un pasteur protestant d’origine hollandaise complètement givré.
Nous allons donc être témoins durant 4 épisodes, des désastres qu’il provoque. Bien entendu les 4 épisodes ne sont pas proposés dans l’ordre chronologique ; pourquoi priver le spectateur de ce
« torture méninges » qui consiste à remettre les événements dans l’ordre. Les costumes, les accessoires, les chevaux et les carrioles, tout est admirablement reconstitué, accessoirisé.
Le film est très « écrit », le scénario parfaitement structuré, remarquablement rythmé, avec ses tensions, ses rebondissements, ses périodes de latence qui, si elles ne permettent pas tout à fait de reprendre son souffle, facilite le regard sur cet univers dantesque.
Les décors intérieurs et extérieurs sont superbes et les constructions de bois de ces colonisateurs prosélytes rappellent celles du film Witness consacré aux Amish, une autre histoire pas très fleur bleue pourrie par les religieux qui s’y connaissent en perversions en tous genres.
Le réalisateur a certainement ce talent d’excellent faiseur, directeur d’acteur très convaincant, il dirige les scènes de groupe avec brio et sait parfaitement placer sa caméra ; une leçon de ciné-ma. Pas de philosophie, même si les prétextes, un peu ficelles, sous-tendent le film : la condition de la femme, la rédemption, et quelques fariboles du même tonneau qui trainent généralement sur les tables des scénaristes en mal de justification pour ce qui les motive réellement : la surenchère dans le sanglant spectaculaire. Et oh ! surprise, le tax shelter a contribué au financement de ce film Américano-Néerlando-Français. Je n’ai rien vu de belge dans tout cela ; sans doute cela m’a-t-il échappé.